La culture scientifique et le tourisme

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Les lieux et les événements de culture scientifique, technique et industrielle participent, qu’ils le souhaitent ou non, à l’offre touristique.

En effet, si l’on définit le touriste comme un visiteur qui dort au moins une nuit en dehors de son domicile habituel1 et lorsque l’on sait que notre pays est la première destination touristique mondiale, ce sont plus de 80 millions de touristes étrangers qui arrivent en France chaque année et plus de 100 millions de touristes français.

Notons aussi que la première motivation de ces visiteurs est de découvrir les offres de notre pays, et que, contrairement aux habitants, les touristes ont davantage de temps libre à y consacrer. Enfin, les musées et centres de culture scientifique, technique et industrielle sont riches de leur diversité thématique et d’un langage souvent plus universel que celui de l’art local ou d’une architecture vernaculaire, par exemple.

À quelles conditions ces visiteurs touristiques peuvent-ils adhérer aux propositions de la culture scientifique, technique et industrielle ? Quels avantages auraient les différents acteurs de l’Amcsti à nouer localement des partenariats avec ceux du tourisme, et en particulier de l’e-tourisme ? Quelles sont, en résumé, les raisons d’espérer ?

Principales évolutions depuis trois ans

La fréquentation touristique a, pour la première fois depuis un siècle, fortement diminué 2 en France depuis les tragiques événements de janvier et novembre 2015, puis de juillet 2016. Attirer à nouveau ces visiteurs, à commencer par les deux premières régions touristiques qui ont le plus souffert – l’Île-de-France et PACA – est donc devenu un objectif prioritaire pour l’industrie touristique. L’État et de nombreuses collectivités locales dont l’économie est portée par le tourisme ont établi depuis trois ans de nouvelles priorités de relance du tourisme a n de maintenir les 7 % de notre PIB qu’il représente avec les milliers d’emplois et d’entreprises du secteur. Si cette baisse est conjoncturelle, car le nombre de touristes augmentent régulièrement chaque année dans le monde (+5%), citons quelques faiblesses ou menaces dans l’évolution du tourisme culturel en France. Ce qui est le plus frappant, c’est que certaines faiblesses sont devenues des opportunités car elles ont permis aux institutions de changer leurs pratiques habituelles en pensant l’avenir.

  • Des concurrents très forts, au niveau local, national mais aussi à l’étranger. L’offre de patrimoine, d’art contemporain ou de sciences et techniques s’est fortement développée en Europe mais aussi dans les pays émergents. Si, dans les années 2000, on citait les BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) ce sont aujourd’hui plus de vingt-sept pays qui construisent de nouveaux musées, salles de concerts ou parcours de villes historiques chaque jour dans le monde ; le « modèle » architectural de ces lieux s’est donc exporté et Jean Nouvel est devenue une star-architecte du monde entier.
  • L’évolution socio-démographique préoccupante de nos voisins européens : si 80 % des visiteurs étrangers de notre pays sont des européens, cette clientèle vieillit et s’amenuise ; ce sont pourtant les jeunes classes (générations Y et Z) qui ont le mieux transformé, depuis trois ou quatre ans, les institutions culturelles3.
  • Les comportements des touristes ont profondément évolué depuis les usages d’Internet : on peut aujourd’hui composer son séjour directement, sans passer par les professionnels (agences de voyages) et prendre le « pouls » d’une destination sur les réseaux sociaux. Même si de nouveaux statuts juridiques doivent s’adapter à ces évolutions, Airbnb connait son plus grand succès en France. Le Louvre a « osé » être l’un des premiers sites présent sur TripAdvisor et se soumettre à la critique des visiteurs et aux comparaisons avec d’autres sites culturels, bref, à être noté sous les yeux du monde entier.
  • Enfin les touristes ne veulent plus être considérés comme tels et préfèrent vivre comme un local ! La convivialité, les pratiques collaboratives et vivre une expérience qui ait du sens sont les souhaits les plus formulés dans les études des comportements et l’industrie touristique y répond en intégrant, par exemple, de très jeunes équipes dans leurs directions (Groupe ACCOR).

Des raisons d’espérer !

Les réponses concrètes à ces principales tendances sont intéressantes car toutes bénéficieront aux visiteurs de la proximité, public largement prioritaire des élus et professionnels de la culture en France. Et toutes peuvent aussi contribuer à une relance rapide du tourisme.

  • Améliorer la qualité de l’accueil, très en amont de l’arrivée des visiteurs et en tenant compte des trois temps de la visite : avant, pendant et après la visite ;
  • Préparer l’accueil de visiteurs issus des pays émergents et à forte croissance touristique comme la Chine ou l’Australie : comment voient-ils notre patrimoine scientifique ? De quelles aides à la visite ont-ils besoin ? Où en sont leurs usages numériques ?
  • Assurer une présence du lieu ou de l’événement sur les réseaux sociaux numériques mais aussi sur les sites comparatifs internationaux ;
  • Anticiper, évaluer et déliser : face à la très forte concurrence, les professionnels des lieux culturels qui annoncent au dernier moment une offre de visite ou d’activité ont très peu de chance d’améliorer leur notoriété, leur image et leur fréquentation ;
  • Profiter du croisement des compétences du tourisme et de la culture, deux secteurs qui ont une réelle complémentarité : le numérique très expert (data ; intelligence artificielle…), la connaissance des visiteurs, le repérage de visiteurs potentiels, la commercialisation et la promotion de l’offre… Tout cela fait partie de l’expertise des acteurs locaux du tourisme.

En conclusion, s’engager dans de nouvelles stratégies et répondre aux sollicitations de l’industrie touristique. Travailler en réseau, être un « créateur de lien » et utiliser la co-création de contenus mais aussi les communs, les Fab Labs, les hackathons ou encore l’évaluation, toutes ces pistes sont des promesses de succès !

  1. Définition officielle de l’OMT, organisation mondiale du tourisme
  2. En 2015 à Paris, les arrivées hôtelières ont reculé de -1,5 % et celles des sites culturels de -7,4 %
  3. Réflexions de Samuel Bausson au Muséum d’Histoire naturelle de Toulouse en 2007