Engager les citoyens par la reconnexion à la nature

Science e(s)t engagement citoyen
© AFdPZ
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Depuis une vingtaine d’années, les législations européenne et française (Directive européenne 1999/22/CE et arrêté du 25 mars 2004) impose aux zoos de s’impliquer dans la conservation de la biodiversité, l’éducation du public et la recherche scientifique. Les parcs zoologiques, conservatoires d’espèces menacées et lieux de tourisme culturel et scientifique, accueillent chaque année 20 millions de visiteurs en France et 700 millions dans le monde. Ils représentent ainsi une interface spécialisée pour la sensibilisation des citoyens à la protection de la biodiversité. Les animaux des parcs – ambassadeurs de leurs cousins dans la nature – représentent un vecteur important pour transmettre les messages de protection de la nature. Ainsi les zoos permettent à un public de plus en plus urbanisé de se « reconnecter » à la nature.

La conservation passe nécessairement par la pédagogie et l’évolution des pratiques. Une des missions importantes des zoos est donc de susciter l’intérêt des visiteurs afin d’induire une prise de conscience nécessaire en vue de l’amélioration des pratiques, et ce pour le bénéfice de tous.

Cela est d’ailleurs particulièrement clair dans les standards d’éducation à la conservation de l’EAZA (Association européenne des zoos et aquariums), qui précisent que les parcs doivent se donner les moyens d’inciter chaque visiteur à entreprendre des actions locales, en vue d’un bénéfice au niveau global.

Un exemple pour l’illustrer : lors de la campagne 2015 « Pole to Pole » de l’EAZA, après une mise en lumière de l’impact de la consommation d’énergie sur le réchauffement climatique et les conséquences désastreuses de celui-ci, il a été demandé à chaque visiteur de prendre une bonne résolution que ce soit au bureau ou au domicile : « Pull the plug » c’est-à-dire de débrancher les appareils électriques inutilement branchés, d’éteindre la lumière dans les pièces non occupées, d’utiliser des ampoules basses consommation, etc1.

Le message clé était que l’impact négatif des activités anthropiques devait être maîtrisé et réduit.

Lors de cette action commune aux zoos européens, comme lors de la campagne « Let It Grow » de 2017, visant à œuvrer en faveur de la biodiversité locale, la morale était que chacun peut et doit agir à son niveau2. Chaque personne doit prendre en compte dans son mode de vie « l’effet papillon », car chaque disparition d’espèce est une perte définitive impactant de façon plus ou moins directe l’humanité. En effet, les services rendus par la biodiversité sont primordiaux et irremplaçables, par exemple la pollinisation, pour ne citer que le plus connu.

Comment les attentes de la société font-elles évoluer notre travail et comment faisons-nous évoluer nos pratiques ?

La protection de la nature est un enjeu mondial. Les citoyens demandent à ce que la protection des espèces et des milieux soit renforcée, en prenant en compte le bien-être animal. Pour ce faire, les zoos collaborent dans le monde avec de nombreuses ONG de conservation (Anoulak, MBou-Mon-Tour, Hutan, ICAS Conservation, ASGN, Bioandina Argentina, Vulture Conservation Foundation, etc.) et portent ensuite leur message auprès des visiteurs afin que les problématiques locales soient appréhendées de tous et incitent à réagir. Ainsi, en visitant un parc zoologique, on apprendra notamment que :

  • ne pas changer son téléphone portable tous les ans, et le recycler une fois qu’il ne sert plus, est un acte nécessaire pour la protection des grands singes puisque le coltan – minerai indispensable aux téléphones portables – est une des principales causes de la déforestation au Congo ;
  • ne pas relâcher sa tortue aquatique dite « de Floride » ou son écureuil de Corée dans la nature, contribue à la protection de la faune locale en réduisant la pression des espèces exotiques envahissantes sur notre faune : la tortue cistude ou l’écureuil roux ;
  • ne pas acheter d’huile de palme issue de plantations non durables participe à la lutte contre la disparition des orangs-outans : il faut privilégier l’huile de palme issue de plantations certifiées pour faire pression sur l’industrie de l’huile de palme afin d’améliorer ses pratiques.
Plusieurs schémas de coopération sont possibles avec toujours pour objectif d’induire un engagement citoyen en faveur de la biodiversité.
Plusieurs schémas de coopération sont possibles avec toujours pour objectif d’induire un engagement citoyen en faveur de la biodiversité.

Le but ultime de toutes ces actions est que la société civile finance et s’engage dans des projets durables permettant de répondre aux objectifs de préservation de la biodiversité (par exemple, les zoos demandent à leurs fournisseurs des produits sans huile de palme ou à défaut de l’huile de palme certifiée durable).
L’engagement dans des réalisations durables est d’ailleurs dans l’intérêt collectif afin de participer à la « durabilité » des ressources et des services écosystémiques dans le cadre d’un monde commun unique.

Les zoos partagent donc complètement la position exposée lors du colloque « Pour une recherche scientifique responsable », organisé par l’association Sciences Citoyennes le 6 avril 2018 au Palais du Luxembourg à Paris : « La science doit servir l’intérêt général c’est-à-dire la protection de l’environnement pour un monde plus sûr en faveur de tous avec la participation de tous ! »

Les zoos restent à disposition des organismes de recherche pour collaborer (comme cela se fait déjà avec le CNRS, l’INRA, l’Institut Pasteur, le MNHN, les universités, etc.).

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L’exemple de Zoodyssée (Deux-Sèvres) :

Le premier programme intitulé « Des nichoirs dans la plaine » est un programme de sciences participatives : 2 125 nichoirs installés par des citoyens et répartis sur « la zone atelier », 23 villages du périmètre d’étude du CNRS Chizé (400 km2).

Ce projet vise à atteindre deux objectifs complémentaires, liés à la conservation de la biodiversité :

  • au niveau scientifique, ce programme s’intéresse aux 3 espèces « phares » que sont la huppe fasciée, la chouette chevêche et le hibou petit-duc. Il s’agit de vérifier l’hypothèse selon laquelle, sur ce territoire, les populations de ces 3 oiseaux sont limitées par le nombre de cavités disponibles pour la reproduction ;
  • d’un point de vue éducatif, l’opération cherche à sensibiliser les citoyens ruraux (adultes et enfants) au rôle qu’ils jouent dans la préservation de la biodiversité dans et autour de leur village et permettre ainsi la reconquête de la biodiversité (première action sur le territoire et au niveau national). Le dispositif s’appuie sur les réseaux d’écoles présents sur le territoire, fédérés autour de ce projet.
  • Zoodyssée est responsable de la coordination du projet éducatif et contribue à l’avancement des connaissances scientifiques sur la biodiversité, en impliquant les habitants. Parents et enfants contribuent au programme de recherche en fournissant des données d’absence ou de présence d’oiseaux nicheurs dans leur jardin.

Le deuxième programme, « Mon village espace de biodiversité » est un programme de sciences citoyennes. Il s’intègre à un programme de recherche plus large du CNRS de Chizé, « Agriculture durable et biodiversité ». Nous émettons ici l’hypothèse que la mise en œuvre d’un programme de culture scientifique autour des services fournis par la biodiversité permettra la réappropriation par les citoyens de ce bien commun. Ce programme a également été développé sur la zone atelier « Plaine et Val de Sèvre » (sud des Deux-Sèvres) à destination des habitants, élus, agents des collectivités, écoles primaires et deux collèges du territoire. Plusieurs actions ont été mises en place : projets pédagogiques dans les écoles, ateliers & animations dans les villages pour les familles, université populaire, création de groupes d’habitants actifs, installation de ruchers pédagogiques gérés par les habitants, élus ou agents et apiculteurs bénévoles locaux, événements festifs, rencontres, récoltes des ruchers communaux et partage des produits de la ruche, fédèrent les citoyens autour d’un projet commun.

  1. www.poletopolecampaign.org
  2. www.letitgrow.eu