La Halle Tropisme, un lieu hybride

[Re]connaissance
© Marielle Rossignol
© Marielle Rossignol

Projet atypique, installé dans un lieu qui l’est tout autant, la Halle Tropisme a vu le jour il y a un peu plus d’un an. Porté par la coopérative illusion & macadam, elle souhaite répondre aux enjeux des industries culturelles et créatives. Pour mieux comprendre sa genèse, son fonctionnement et sa programmation, nous vous proposons un croisement des 3 regards de ceux qui portent ces 3 axes.

Illusion & macadam

Coopérative d’accompagnement pour le secteur culturel

Depuis 17 ans, la coopérative illusion & macadam accompagne la structuration et le développement des acteurs culturels dans un monde en mutation, à travers : l’externalisation de la paie et de la comptabilité, la formation des dirigeant·e·s d’entreprise et de leurs équipes, du conseil et de la formation pour les collectivités, de l’accélération de projets.
Elle soutient également la création via ses deux bureaux de production : le bureau de production danse contemporaine et l’agence arts, sciences et environnement Bipolar.
Au centre de ses préoccupations, l’innovation sociale, culturelle, technologique et artistique, qui occupe une place de choix dans son projet emblématique : la Halle Tropisme.

La Halle Tropisme

Tropisme est une grande halle culturelle et entrepreneuriale de 4 000 m² située sur une friche militaire entre le quartier Figuerolles et le parc Montcalm à Montpellier. Ce bâtiment de 1913, qui abritait les ateliers de mécanique de l’armée, devient le tout premier lieu d’un nouveau quartier de Montpellier, dédié aux industries culturelles et créatives, qui ne va cesser de se développer dans les années à venir : la Cité Créative.

La Halle Tropisme en quelques mots :

Écouter et voir
Un lieu pour assister à un concert, une exposition, une rencontre, un atelier, un festival, un événement pour enfants, une émission de radio… un lieu pour jardiner, bricoler, s’inspirer, s’initier, tisser du lien et vivre ensemble.

Travailler et réseauter
Un lieu de travail quotidien pour près de 180 entrepreneurs créatifs issus de l’audiovisuel, du spectacle vivant, du jeu vidéo, de l’animation, de la 3D, de l’architecture, du web, du design, de l’édition, de l’illustration, de la photographie, de la communication, du journalisme, de la formation, du conseil ou encore de la gastronomie…

Boire et manger
Un lieu de convivialité, de curiosité culinaire pour petit-déjeuner, déjeuner, goûter, dîner ou pour assister à une performance culinaire, une carte qui s’appuie essentiellement sur des producteurs locaux et qui prouve qu’on peut bien manger sans se ruiner.

www.tropisme.coop

© Marielle Rossignol
© Marielle Rossignol

Jordi Castellano

Directeur d’exploitation d’illusion & macadam

Comment se positionne cet écosystème dans le paysage culturel, social et économique ?

Dans tous ces domaines, il se positionne comme un espace d’hybridation. Pour le paysage culturel, il ambitionne de décloisonner les pratiques, aider les acteurs à sortir des approches artistiques disciplinaires en créant des rencontres entre des créateurs d’horizons différents (animation 3D, spectacle vivant, design…).
Socialement, la Halle Tropisme veut également déplacer les repères en créant des liens forts entre entrepreneuriat, initiatives personnelles, loisirs et culture. Nous avons souhaité un outil où chacun trouvera l’inspiration et le bien-être, quelle que soit sa motivation d’y venir.
Sur le volet économique, la Halle Tropisme permet la consolidation et la diversification des activités de ses résidents. Le mentorat, le tutorat, la collaboration sont au cœur de nos préoccupations dans l’animation et l’accompagnement des entreprises et indépendants installés dans le lieu.

Quelles difficultés a rencontré votre institution pour concevoir un tel équipement ?

Le lieu est ouvert depuis quatre mois, il est donc difficile de tirer les premiers enseignements sur son fonctionnement. À ce stade, les principales difficultés auxquelles nous avons fait face se focalisent sur les nouvelles compétences que nous avons dû développer pour réussir l’ouverture (montage d’un important tour de table financier, contraintes liées à la conception et au fonctionnement d’un lieu hybride à grande échelle, contraintes liées au montage d’espaces de convivialité permanents tel le bar/restaurant…).

© Marielle Rossignol
© Marielle Rossignol

Vincent Cavaroc

Directeur artistique et directeur de production, illusion & macadam

Qui dit écosystème dit programmation plurielle, comment la pensez-vous ?

Nous portons une programmation à 360°, à l’opposé d’une pensée en silo. Nous assumons de pouvoir mêler dans une même semaine une conférence d’Edgar Morin, une brasucade géante1 et un festival sur la jeune création de Bucarest. Nous composons une programmation à l’image de notre façon de vivre : multiple et écosystémique. L’entreprenariat est une brique de programmation au même titre que la musique, les arts visuels, la gastronomie ou la performance. Notre seule contrainte, qui n’est pas la moindre, est notre modèle économique, sans argent public. Nous sommes donc à la fois un producteur de contenus et un agrégateur de propositions portées par d’autres acteurs, qui entrent dans notre ligne éditoriale.

Quelle est la place et le rôle des résidents dans cette programmation ?

Nous avons imaginé différents temps qui permettent aux résidents de parler de leur travail, de le montrer ou de le tester. Afterworks, petits-déjeuners entrepreneuriaux, workshops, showrooms, le lieu doit être une caisse de résonance de leur créativité. Et aussi un rapporteur d’affaires, un lieu de networking et un stimulateur pour mieux entreprendre.

Comment les publics réagissent à cette hybridation ?

Plus de 15 000 personnes pour les 2 jours d’inauguration et autant sur le mois qui a suivi… La fréquentation du lieu est largement au-delà de ce que nous imaginions. Il manquait à Montpellier un lieu intermédiaire, qui entretienne un rapport à la culture plus décontracté et décloisonné qu’une institution « classique ». Je pense que nous remplissons cette case, et cela tombe bien, c’est l’endroit où nous sommes à l’aise.

Grégory Diguet

Producteur, Bipolar

Dans cet espace hybride, est-ce naturellement que vous avez une production art/science ?

L’hybridation est au cœur des créations que nous produisons avec Bipolar, une agence artistique intégrée à la coopérative illusion & macadam (gestionnaire de la Halle Tropisme). Depuis 2010, nous nous engageons aux côtés d’artistes qui explorent activement les sciences et les technologies, avec l’idée que bon nombre d’enjeux contemporains se jouent à ces endroits, notamment autour de la question environnementale, mais aussi de l’intelligence artificielle ou de la robotique. Nos activités se déployaient jusqu’ici en dehors de la région Occitanie ; notre installation dans un lieu physique change sensiblement notre rapport au public et au territoire. Nous souhaitons nous impliquer plus localement et nous mesurons déjà le potentiel d’un tel écosystème qui favorise grandement l’ouverture vers des thématiques et des collaborations croisées (médiation scientifique, productions en réalité virtuelle, jeu vidéo, etc.).

Comment travaillez-vous avec les scientifiques et les institutions scientifiques de la région ?

L’embauche récente d’une artiste chercheure doctorante en CIFRE2 marque notre volonté d’inscrire la création au cœur de la recherche et de l’innovation, notamment en région. Nous collaborons d’ores et déjà avec le LIRMM (Laboratoire d’Informatique, de Robotique et de Microélectronique de Montpellier) et développons en ce moment Bipolar Versus, une nouvelle offre de service « Art & innovation » en direction des laboratoires, des entreprises et de l’enseignement supérieur. Les artistes ont la capacité de créer des passerelles entre les secteurs, l’enjeu maintenant est de créer une économie vertueuse autour de ces nouvelles formes de collaborations arts et sciences.

  1. La brasucade désigne, dans le Languedoc-Roussillon, une cuisson au grill sur un feu de bois.
  2. Les Conventions Industrielles de Formation par la REcherche (CIFRE) subventionnent toute entreprise de droit français qui embauche un doctorant pour le placer au cœur d’une collaboration de recherche avec un laboratoire public.