Inclusion  : de la théorie à l’action

Du partage des sciences à l'engagement citoyen - 40 ans de politiques de CSTI
Exposition Robots, Cap Sciences, 2019 © ANAKA

Pour qui sont les sciences et pour qui est la culture ? Qui visite les expositions et participe aux actions de médiations ? Qui est légitime dans ces contextes, c’est-à-dire reconnu, valorisé et soutenu ? Alors que l’accès de toutes et tous aux contenus culturels est une priorité nationale pour laquelle s’engagent de plus en plus de structures, force est de constater que certains publics sont encore absents ou sous-représentés dans nos actions. Et si nous prenions le temps de poser le vrai problème de fond ?

Pour aborder de front les problématiques liées à l’accessibilité, à la diversité, à l’équité et à l’inclusion, il est d’abord nécessaire de réfléchir à nos usages de ces termes, afin d’éviter qu’ils ne deviennent des mots-clés à la mode vides de sens. On remarque alors que les approches en termes d’accessibilité ont tendance à se focaliser sur les infrastructures et sur le design, mais aussi sur les publics en situation de handicap – au détriment d’autres groupes exclus. S’il a l’avantage de mettre en évidence la pluralité des voix, le concept de diversité pose aussi problème : il fait souvent référence à un modèle dominant à partir duquel des groupes minoritaires sont identifiés comme « différents », « anormaux » ou « autres ».

La recherche en sciences sociales trouve toute son utilité dans cette démarche : les enquêtes empiriques comme les propositions théoriques permettent de voir à quel point la question de l’inclusion pose celle de l’exclusion, et donc du rôle que les sciences jouent dans les rapports de force et de domination qui traversent le monde social. Sexisme, racisme, élitisme, validisme, âgisme… la culture scientifique n’est pas un terrain neutre, mais au contraire un espace où opèrent encore de nombreuses discriminations. C’est en les nommant et les identifiant clairement que l’on peut en comprendre les ressorts. Face aux sciences mises en scène par les institutions, les personnes issues des classes populaires, en situation de handicap ou de couleur mais aussi les femmes, les jeunes enfants et les personnes âgées sont autant de publics qui correspondent rarement au profil du visiteur ou du participant « idéal » des dispositifs de médiation. 

Ces constats nous invitent à enquêter, à recueillir des témoignages, à écouter les expériences et à apprendre des visiteurs et des visiteuses. Ces démarches ne doivent pas adopter un point de vue extérieur mais être réalisées avec les personnes marginalisées  – c’est-à-dire en incluant les personnes, en leur demandant ce qu’elles veulent et en rémunérant leur travail lorsque c’est pertinent. Il s’agit de concevoir le changement avec les publics exclus, et pas seulement pour eux. 

L’enjeu est de toujours associer cette réflexion à une mise en œuvre pratique. Pour cela, chercheuses et professionnelles de la culture scientifique s’associent pour créer un outil d’auto-analyse. L’objectif : tester les points forts et les améliorations possibles de nos activités en matière d’inclusion. Conception, publics, contenus, mise en œuvre… pour chaque étape de la création d’une activité, nous pouvons identifier des indicateurs pertinents, les éléments pouvant être facteurs d’exclusion à améliorer et veiller ainsi à garder le cap.