Le renouveau des planétariums

Quelles médiations pour l'espace ?
© Sébastien Roy et studio Joanie Lemercier
© Sébastien Roy et studio Joanie Lemercier

Dans l’imaginaire collectif, les Planétariums apparaissent traditionnellement comme des lieux d’éveil au macrocosme, remplissant une mission de diffusion des sciences dans les domaines de l’astronomie et plus récemment l’astrophysique et l’univers spatial. Par ailleurs, les publics des Planétariums, composé d’individuels et de groupes, restent attachés à l’image de ces institutions qui inscrivent leurs actions dans le champ de l’éducation dans un contexte de loisir.

Les Planétariums à l’ère de la digitalisation

L’exploration de nouveaux champs des possibles offerts par le numérique et ses récents développements (qualité des vidéoprojecteurs, ergonomie des solutions informatiques, facilité d’utilisation informatique…) permet d’envisager une ouverture de ces lieux à de nouveaux usages, en leur conférant éventuellement de nouvelles identités. La digitalisation, et plus largement l’innovation ouverte associée, offre ainsi l’occasion à ces espaces de se réinventer et de diversifier leurs publics, renforçant ainsi leur dimension culturelle et éducative.

C’est l’expérience que tentent aujourd’hui certains Planétariums qui, ne délaissant pas pour autant leur mission première, souhaitent investir d’autres champs, souvent de manière pluri-disciplinaire ou transdisciplinaire. Il s’agit tout à la fois d’explorer de nouveaux territoires, de les faire dialoguer et de voir les résonnances qu’ils peuvent entretenir avec le projet initial du lieu. Cette approche innovante, résolument agile, hybride et symbiotique, vise à décloisonner les disciplines et faire se croiser des publics différents qui trouvent ici une occasion unique de découvrir ces lieux d’une manière renouvelée. Nécessairement multipartenariale, cette démarche exige par conséquence de réinterroger nos savoir-faire tout autant que nos savoir-être.

Des lieux originaux et inattendus

La très grande spécificité de ces lieux, et en particulier de leurs salles de projection immersive, cœur d’activité des Planétariums, représente entre autres un attrait indéniable auprès de nombreux partenaires pour porter de tels projets. L’originalité de ces espaces, conjugués à la capacité d’exploitation en terme de diffusion d’image, de son et de lumière ouvrent des perspectives originales à ces nouvelles exploitations.

L’expérience du Planétarium de Vaulx-en-Velin témoigne de cette volonté d’ouverture. Deux identités se côtoient désormais dans cet espace : celle d’un planétarium traditionnel dont le propos s’enracine autour de la Cosmographie moderne, la deuxième ouverte sur la question de la ville de demain et ses transformations urbaines et architecturales. L’architecture constitue ainsi le lien entre ces deux identités, mixant le macrocosme et le microcosme, jouant sur les échelles spatiales et temporelles. Cette deuxième identité est le fruit d’une collaboration étroite avec des chercheurs (École d’Architecture de Lyon, École des Travaux Publics de l’État, Laboratoires de l’Université de Lyon, CNRS…) et des artistes (collectifs d’artistes numériques : AADN Lyon). La salle de projection et l’ensemble du matériel de production et de diffusion sont ainsi mis à disposition de ces partenaires (formats polymorphes : temps fractionnés, résidences longues ou courtes, workshops…) pour accompagner un projet de recherche scientifique ou artistique, un programme d’enseignement ou s’inscrire dans des démarches collaboratives et participatives auprès d’usagers variés. Cette expérience, qui en est actuellement à ses prémices, promet des réalisations ambitieuses, foisonnantes et intenses. D’ores et déjà, de nombreux artistes ont répondu présents aux « Parcours Immersifs », composés de rendez-vous réguliers d’accompagnement à la création artistique : workshop, résidence, temps publics… On citera en particulier les travaux de Joanie Lemercier et Jonny Knox qui illustrent parfaitement les objectifs visés.

Ces projets démontrent la capacité des Planétariums à innover et répondre ainsi à de nouveaux enjeux sociétaux liant les sciences, l’art, la culture et l’économie. Cette transformation apparaît comme vitale pour ces établissements en terme d’image ; elle vise à ouvrir ces lieux à de nouvelles pratiques, à diversifier les publics, à s’insérer dans de nouveaux réseaux… en résumé, à redevenir des lieux de culture s’ouvrant sur la société.