Le rôle essentiel des centres de culture scientifique, technique et industrielle aujourd’hui

Du partage des sciences à l'engagement citoyen - 40 ans de politiques de CSTI
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© Le Vaisseau

La situation de la culture scientifique, industrielle et technique en France est actuellement particulièrement désastreuse : 

  • Les jeunes français occupent des rangs pitoyables dans les classements internationaux tels que PISA (Programmes Internationaux des Suivis des Acquis des élèves). Au moment où Thibault Damour recevait la médaille d’or du CNRS pour ses contributions à la détection des ondes gravitationnelles, celui-ci indiqua la chance qu’il eut d’apprendre les mathématiques et la physique au lycée, ce qui est devenu maintenant quasiment impossible. De ce point de vue la première mouture de la réforme du lycée voulue par le ministre Jean-Michel Blanquer qui confinait au rang d’option l’enseignement des mathématiques pour des raisons purement budgétaires s’est révélée être un désastre à laquelle il essaya tardivement d’y remédier par la suite.
  • Les décideurs politiques français n’accordent pas la priorité qu’il faudrait à l’Enseignement Supérieur et à la Recherche : les moyens accordés aux universités françaises sont stables ou décroissent alors qu’elles doivent accueillir un nombre croissant d’étudiants ; les budgets consacrés à la Recherche plafonnent à 2,1% alors qu’au Sommet européen de Lisbonne, la France comme ses partenaires européens avaient pris l’engagement de consacrer au moins 3% de leur PIB au soutien de leur recherche.
  • Au début de la pandémie du COVID, personne ne comprenait vraiment ce que doit être une démarche scientifique alors que la survenue rapide de vaccins performants fut la conséquence heureuse d’une recherche fondamentale particulièrement active dans ce domaine.
  • Comme le démontra le mouvement des « gilets jaunes » ou encore en constatant l’inculture scientifique de la majorité des mouvements écologiques, on peut dire que la plupart des français, comme leurs représentants politiques, ne comprennent pas ce qu’est la démarche scientifique.
  • Depuis le début de ce siècle, on assiste au déclin de l’industrie française.

Devant une telle situation passablement catastrophique, les centres de culture scientifique, technique et industrielle, membres de l’Amcsti, pourraient baisser les bras et se dire « à quoi bon ? ». Ne faisant plus partie depuis près de vingt ans de votre mouvement, je souhaiterais vous convaincre que vous pouvez, vous devez réconcilier les français avec la  science, la technique et l’industrie. Pour cela, il faut évidemment vous appuyer sur vos atouts. 

Le premier, et peut être le plus important, est que vous bénéficiez de la sympathie des publics : je me souviens des nombreux échanges que j’eus avec des personnes venues me dire qu’elles avaient trouvé leur vocation au Palais de la découverte. Je me souviens aussi du bonheur éprouvé par les enfants et les scolaires assistant à des démonstrations telles que l’électrostatique, l’électromagnétisme ou la loterie de l’hérédité. Les planétariums continuent à fasciner tous les publics. 

Le second est évidemment les façons ludiques dont vous montrez la science et la technique. Que l’on me permette à ce propos une remarque : les présentations doivent être aussi simples et « dépouillées » que possible et résister à l’obsolescence – Je demeure frappé par la « robustesse » des présentations au Palais de la découverte de l’électrostatique et de l’électromagnétisme qui datent de la fin du XVIIIe siècle et du XIXe siècle alors que le « cabinet médical », conçu et réalisé au cours des années 1980 lorsque le Pr Jean Hamburger était le président du conseil d’administration du Palais,
est apparu obsolète dès les années 1990. 

Dans vos expositions permanentes ou temporaires, il ne faut pas craindre de les rendre aussi spectaculaires que possible – de ce point de vue, les jeunes continueront à être fascinés par les dinosaures. Je souhaite ici dire tout le bien que je pense de l’exposition permanente de la Cité des Sciences et de l’Industrie intitulée « le grand récit de l’Univers » qui fut conçue en partenariat avec mes collègues astrophysiciens les plus éminents.  De plus, ceux d’entre vous qui font appel à des médiateurs sont particulièrement avantagés dans l’accomplissement de leur mission visant à diffuser la culture scientifique, technique et industrielle. L’intérêt est double : d’une part le médiateur est en mesure de bien expliquer ce qu’il montre et peut avoir un contact privilégié avec ses publics ; d’autre part, les médiateurs devraient être recrutés sur des CDD parmi les jeunes doctorants ou chercheurs en début de carrière : non seulement ils constituent les meilleurs vecteurs de la culture scientifique mais ils se forment à la pédagogie « sur le tas ». 

Enfin, vos centres sont, pour la plupart, d’excellents organisateurs d’exposés et de réunions complétant la diffusion de la culture scientifique opérée par vos expositions permanentes ou temporaires et vos programmes de médiation scientifique. Je me souviens aussi de l’importance que j’attachais à organiser des débats contradictoires sur des questions telles que la part du nucléaire dans le mix énergétique, l’éventuelle dangerosité des ondes électromagnétiques concentrées dans les antennes permettant la téléphonie mobile, la culture des OGM… En effet, on ne soulignera jamais assez que le discours scientifique est nécessairement soumis à la discussion, voire à la critique et que l’activité des chercheurs le fait évoluer dans le temps.

Aujourd’hui, on peut le déplorer, les mathématiques et les sciences de la nature ne sont pas enseignées de façon complètement satisfaisante à l’école, au collège et au lycée. Les moyens tant humains que budgétaires dévolus aux universités sont au mieux en stagnation alors qu’elles ont à enseigner et former un nombre accru d’étudiants. Les centres de culture scientifique, technique et industrielle sont donc en première ligne pour faire apprécier la science et la technique par l’ensemble des citoyens jeunes ou moins jeunes de notre pays. J’ai une utopie, celle que tous les français acquièrent à l’école ou dans vos centres la culture minimale leur permettant de comprendre l’importance des mathématiques dont ils n’auraient plus peur ainsi que les enjeux de chaque discipline des sciences de la nature. Vous devriez aussi être des lieux où la science n’est pas seulement montrée mais aussi discutée et mise en débats démocratiques. Enfin, l’Amcsti devrait apporter ses contributions au vaste chantier consistant à combler le fossé existant entre la science, la technique et la recherche d’une part, et le monde politique d’autre part.

Vos centres ont donc, plus que jamais, différents rôles essentiels à jouer. Je souhaite que l’Etat et les collectivités locales augmentent votre nombre et vous accordent les moyens tant humains que budgétaires nécessaires pour l’accomplissement de vos missions essentielles.