Les présidents de l’Amcsti : de la naissance d’une association aux enjeux des 10 dernières années du réseau

Du partage des sciences à l'engagement citoyen - 40 ans de politiques de CSTI
Dominique Ferriot, Secrétaire Générale fondatrice de l’Amcsti de 1982 à 1984 et Présidente de 1989 à 1992

Mon engagement pour l’Amcsti se retrouve principalement dans deux périodes de la vie de l’association : sa création en 1982 et son 10ème congrès organisé en juin 1992 au Musée des Arts et Métiers. 

Le 14 juin 1982, les représentants des premiers centres de culture scientifique et technique, de Muséums, Conservatoires de la Nature, Parcs naturels régionaux, musées techniques et industriels ou écomusées en région, Maisons de la Culture, Forums de Sciences, universités (notamment l’UTC Compiègne), établissements nationaux (dont la mission du Musée national des sciences, des techniques et des industries de La Villette) créaient une Association des Musées et Centres pour le développement de la culture Scientifique, Technique et Industrielle. L’Assemblée générale constitutive, organisée au Conservatoire national des arts et métiers (CNAM), était présidée par Hubert Curien, alors Président du Centre national d’études spatiales (CNES). Il fallut tous les talents de conciliateur d’Hubert Curien pour élire en fin de réunion un premier conseil d’administration, présidé par Jacques Blanc, Président du CCST de Grenoble. 

Chargée de l’Action régionale à La Villette après une expérience formatrice au Creusot, premier écomusée en terre d’industrie, je m’employais à construire des partenariats, consciente que les initiatives en région étaient la trame d’une culture vivante répartie sur tout le territoire national. Le projet d’une association regroupant ces différentes initiatives et les établissements nationaux était inscrit dans le Rapport « Culture technique et aménagement du territoire » remis en mars 1981 au Délégué à l’Aménagement du Territoire par le Président du Comité d’information et de liaison pour l’archéologie (CILAC), qui était alors une toute jeune association pour le développement de l’archéologie industrielle en France. Ce rapport proposait une définition d’un « Centre de culture scientifique, technique et industrielle » insistant sur l’importance de la valorisation des patrimoines techniques et industriels en région. À ses débuts, l’Amcsti fut hébergée par le CILAC, ce qui témoigne du lien initial entre sciences, techniques et industries. Le rapport de la mission d’étude du Musée national des sciences et de l’industrie de la Villette, remis au gouvernement en octobre 1979 par le physicien Maurice Lévy inscrivait également dans ses propositions la création d’une association nationale ayant vocation à regrouper dans un réseau d’échanges le futur centre de La Villette et ses partenaires à Paris et en région. Le premier directeur de la mission du Musée de La Villette, André Lebeau, agira avec force pour que cette idée prenne corps et que dans cette phase initiale, l’établissement de La Villette, doté d’importants moyens, contribue au renforcement d’initiatives régionales, plus mal dotées. 

En juin 1992, directrice du Musée national des Techniques au Conservatoire des Arts et métiers et Présidente de l’AMCSTI, j’étais particulièrement heureuse de pouvoir accueillir le 10ème Congrès de notre Association. L’année précédente, au Muséum de Bourges, le thème général « Culture & Sciences » réunissait Jean-Marc Lévy-Leblond et Bernard Maitte pour une reconnaissance de l’importance de l’histoire des sciences et des techniques dans une politique nationale de culture scientifique et technique. En 1990, c’est à Strasbourg et en présence de grandes figures des musées de sciences dont Kenneth Hudson, le créateur du Prix européen des musées, que l’Amcsti engageait un débat sur « musées, réseaux et éducation en Europe ». En juin 1992, au CNAM, Hubert Curien, ministre de la Recherche et de la Technologie nous avait rejoint pour la célébration des dix premières années de l’association qu’il avait portée sur les fonds baptismaux. Le débat final, modéré par Daniel Kunth 1, était intitulé « la CST en l’an 2002, bilan du futur ». 

Nous sommes en 2022, l’AMCSTI a 40 ans, son premier président nous a quittés, Charles Penel 2 également qui joua un rôle essentiel au Palais de la découverte durant tant d’années. Le paysage culturel et sociétal a été bouleversé par les humanités numériques mais aussi par la persistance de conflits, ceux-là mêmes qui ont donné naissance après la seconde guerre mondiale à l’UNESCO et à l’ICOM, des organisations créées pour « construire une paix durable » grâce à la culture et à l’éducation. 2022, c’est aussi le 30ème anniversaire de la « Science en fête », mais « Faut-il faire sa fête à la science ? ». Dans le numéro 59 de la revue Alliage, Jean-Marc Lévy-Leblond posait cette question qui prend une actualité nouvelle aujourd’hui. L’Amcsti a certainement un rôle à jouer pour formuler les nouveaux défis auxquels tentent de répondre les professionnels et plus largement les amateurs de sciences. 

Notre culture d’images, de messages et d’informations est aussi une culture sensible au plus près des corps et des expériences, bénéfiques ou dangereuses. Nos musées et centres ont la capacité de proposer des découvertes singulières et des idées nouvelles qui ouvrent sur un rapport à des savoirs construits, facteurs de paix et de tolérance.

Philippe Guillet, Président de l’Amcsti de 1996 à 2000 et de 2012 à 2017, Directeur du Muséum de la Métropole de Nantes

1er mandat 1996-2000

Ma première présidence à l’automne 1996 s’inscrit dans un contexte particulier : celui d’une association en pleine décomposition après un congrès à Dieppe largement boudé par les acteurs de la CSTI et où l’Amcsti semblait vivre ses dernières heures. 

Le congrès de Rennes qui suivit en 1997, intitulé sobrement « Bilan de la CSTI », fut celui de la refondation : refondation des statuts avec l’aide du vice-président Bernard Maitte, clarification des missions et des attendus de l’association. Le paysage de la CSTI était alors mouvant et actif avec le développement de la Réunion des CCSTI, de la Fédération des Écomusées et des Musées de Société, des muséums, et même de l’OCIM dont le champ d’activités intéressait désormais l’ensemble du secteur.

L’objectif principal de ce mandat fut clair : réunir les acteurs de la CSTI trop dispersés dans un large consensus et faire comprendre les enjeux que représente une structure fédérative avec quelques actions simples : un congrès annuel, un bulletin, une représentation auprès des ministères, un ou plusieurs groupes de réflexion dont le groupe VIE (Veille, Initiatives, Échanges) qui fut d’ailleurs à l’origine des prix Diderot de l’Initiative Culturelle. Objectif clair et atteint me semble-t-il. 

2ème mandat 2012-2017

Le contexte de ce second mandat fut tout autre. En 2012, l’Amcsti n’est plus contestée et elle dispose d’une structure permanente solide dirigée par Didier Michel. Son financement est assuré grâce à une reconnaissance forte des ministères chargés de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et de la Culture et grâce aussi au contrat ESTIM – PIA obtenu par la présidente précédente, Christine Welty. Cette période fut florissante et marquée par l’augmentation des membres de l’association, par l’intérêt porté sur l’ensemble de ses actions et par une représentativité accrue. Dans ce mandat, la gouvernance de la CSTI fut confiée aux Régions et a imposé, en 2017, un nouveau plan stratégique mis en place par un conseil d’administration renouvelé et présidé par Guillaume Desbrosse. 

Pour conclure, ces neuf années de présidence et ces 25 années de présence presque continue au conseil d’administration (alliées à 2 décennies de direction de l’OCIM), m’ont permis d’être un témoin et un acteur privilégié du développement de la CSTI pour lequel l’état actuel de notre société en démontre chaque jour l’intérêt.

Christine Welty, Présidente de l’Amcsti de 2009 à 2012, et ancienne directrice de La Nef des sciences : l’association mulhousienne pour la culture scientifique, technique et industrielle

La Nef des sciences a toujours été très fortement impliquée dans l’Amcsti, dont elle est membre fondateur. Si mon mandat de présidente n’a été que de trois ans, de 2009 à 2012, j’ai souvenir d’une période pourtant particulièrement dense et exigeante. 

J’en faisais état dans le petit livret édité par l’Amcsti pour son 30e anniversaire… il y a 10 ans déjà ! En effet, le paysage de la CSTI connaissait alors un profond bouleversement avec la mise en place d’une nouvelle gouvernance nationale et sa gestion confiée par le Ministère de la Recherche, à Universcience, alors Pôle national de référence. L’Amcsti entendait peser dans cette politique et avait pour cela proposé à ses membres de mener une réflexion collective et les avait mobilisés par région, par famille, et lors d’ateliers du congrès 2010. C’est ainsi qu’est né le Livre blanc pour une nouvelle gouvernance de la CSTI en France, force de proposition et contribution de ses membres, à l’attention de la puissance publique et d’Universcience.

Autre bouleversement qui a refaçonné notre paysage dès 2011 : le volet CSTI du Programme des Investissements d’Avenir (PIA). Nombreux sont les membres qui se sont mis en ordre de marche pour saisir cette opportunité unique de développer d’ambitieux projets. L’Amcsti s’est inscrite naturellement dans cet élan en tant que partie prenante d’ESTIM Gouvernance et Numérique, en partenariat avec Universcience. Voyant le chemin parcouru en 10 ans, je pense pouvoir dire que ces deux projets ont pu constituer, en leur temps, un socle intéressant pour le développement et la professionnalisation de l’Amcsti. 

L’Amcsti a 40 ans. Que peut-on lui souhaiter ? D’être mieux connue et reconnue ? Bien sûr, mais c’était déjà le vœu que je formulais pour ses 30 ans… Alors, peut-être pourrait-elle enfin adopter un nom moins hermétique et imprononçable que l’actuel ?

Guillaume Desbrosse, Président de l’Amcsti de 2017 à 2021, Directeur de La Rotonde, Centre de Culture Scientifique Technique et Industrielle de Mines Saint-Étienne

De 2017 à 2021, ma présidence s’est déroulée dans des contextes très variés entre temps stratégique, politique et crise sanitaire.

Ma première action portée avec le bureau, le conseil d’administration et nos membres fut l’élaboration d’un plan stratégique suivi d’un calendrier opérationnel pour le développement de l’Amcsti. Ce plan a été notre boussole le temps de mon mandat et il a su s’adapter aux aléas de l’actualité politique et culturelle.

En mars 2018, l’Atelier Médiation Critique, plateforme de ressources et de cours en ligne destinée aux professionnels, a été lancé. Ce projet imaginé par l’Amcsti dès 2016 dans le cadre de son action de réflexion « Science, culture, croyance, comment en parler ? » montre aujourd’hui toute sa pertinence et trouve écho dans le rapport de la commission Bronner intitulé « Les Lumières à l’ère numérique », publié en janvier 2022, préconisant le développement de l’esprit critique et l’éducation aux médias et à l’information à l’école.

Cette présidence a été aussi celle de la gestion de la crise du Covid19 et l’accompagnement de nos membres dans ces longs mois entre fermetures, jauges, restrictions, accueil du public à imaginer et interaction avec les ministères.

Nos membres ont fait preuve d’une grande imagination pour rester en lien avec leur public pendant cette crise. L’Amcsti a organisé des webinaires pour favoriser les échanges entre acteurs pendant cette période singulière et maintenir le contact entre les professionnels. Elle a mise en valeur les nombreuses initiatives de nos membres, publier un bulletin de l’Amcsti « Adaptations » et organisé le premier « congrès en ligne » de son histoire : « La nouvelle donne de la CSTI » en décembre 2020 et pu ainsi rassembler plus de 600 acteurs.

Cette période a été la plus marquante de mon mandat avec des liens forts avec les collègues en souffrance dans leurs structures.

Ce mandat fut aussi un temps politique majeur avec le projet de loi de la programmation de la recherche 2021-2030.

L’Amcsti s’est fortement mobilisée afin que notre secteur professionnel puisse proposer et revendiquer 11 propositions dans le cadre de la préparation de cette loi. Parmi ces propositions que nous avons portées, 8 ont été retenues dans le texte de loi (et son rapport annexé) promulguée le 24 décembre 2020. La plus emblématique est l’obtention de financement spécifique pour la médiation scientifique issu du budget d’intervention de l’ANR dès 2021. Même si aujourd’hui le déploiement de ce budget d’intervention s’avère complexe, cet aspect de la loi était important pour notre réseau et sera, à terme je l’espère, bénéfique pour nos membres et pour la société. 

 

1 Astrophysicien émérite du CNRS, initiateur de l’émission de télévision publique La Nuit des étoiles.

2 Ingénieur et chercheur français, qui a joué un rôle important dans l’élaboration du Palais de la Découverte.