[Parcours 5] Libération de la parole ou champ de bataille ?

[Re]connaissance
Photo : Chris Barbalis sur Unsplash
Photo : Chris Barbalis sur Unsplash

Pourquoi sommes-nous ambivalents face aux réseaux sociaux numériques ?

Lieux de tous les excès discursifs, insultes, trolling, propagande, complotisme… les réseaux sociaux numériques (RSN) sont régulièrement dépeints comme une jungle violente ou un champ de bataille. Récemment, on a également vu la presse s’inquiéter de phénomènes de « bulles idéologiques » liées à nos activités en ligne et aux algorithmes : les RSN sont-ils plus une tribune qu’un lieu de débat ? Un lieu où on conforte ses opinions plus qu’on ne les confronte ? Mais pour la diversité des possibilités qu’ils offrent aux individus, les RSN sont également perçus comme un lieu essentiel de la libération de la parole quand, d’une tribune sur Facebook à la viralité d’un hashtag, quiconque peut prendre le public à témoin sans le truchement filtrant de la presse.

Dans la recherche, cette ambivalence des réseaux sociaux numériques est analysée comme étant liée au genre discursif de la polémique, omniprésent sur internet du fait de son rôle de tribune publique. Pour qu’il y ait polémique, il doit y avoir débat autour d’un sujet d’intérêt public (même d’un public restreint) ayant des implications et des enjeux importants au sein d’un groupe donné (même minoritaire) ; les échanges autour de cette question sociale deviennent polémiques lorsqu’ils prennent la forme d’opinions contradictoires, d’affrontements, voire de heurts. C’est à ce stade que les conclusions des chercheurs et chercheuses divergent : on déplorera ici la violence verbale normalisée, prophétisant la fin de la démocratie libérale1, tandis que là, on saluera la liberté d’expression et le débat – même rude – comme moteur de la démocratie et de la politisation des individus2.

Je suis sociolinguiste et, à partir des outils de l’analyse critique et argumentative de discours, je travaille sur les discours de haine, les discours alternatifs que l’on peut proposer pour les combattre, ainsi que sur la circulation dans les espaces publics de ces deux types de discours. Pour nous, un des enjeux de la compréhension du fonctionnement des réseaux sociaux numériques est de savoir si nous devons nous en servir pour lutter contre les discours de haine : peuvent-ils au moins être utiles à cet objectif, si non pourquoi, si oui comment ?

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Retrouver ce thème au congrès de l’Amcsti 2019

Ce sujet sera abordé lors du 37è congrès de l’Amcsti, qui aura lieu les 3, 4 et 5 juillet 2019 à Caen, en collaboration avec Le Dôme sur le thème « [Re]connaissance ».

Il sera traité dans le parcours 5 : « La parole libérée » / sous-parcours « Les méthodes de dialogue citoyen révélatrices de l’esprit critique ? »
Construit et animé par Erwan Dagorne (Missions Publiques) et Samuel Vernet (Université Grenoble Alpes)

Pour voir le programme du parcours
Pour retrouver les articles concernant les 6 parcours du congrès

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  1. Le dernier livre du sociologue Jean-Claude Kaufmann porte précisément sur ce sujet et est intitulé La fin de la démocratie. Apogée et déclin d’une civilisation (2019).
  2. Lire par exemple Ruth Amossy, Apologie de la polémique (2014), ou Chantal Mouffe, L’illusion du consensus (2016).