Parcs zoologiques : actions en faveur de la biodiversité et perception du public

[Re]connaissance
© Jon Kershaw - La tortue cistude d’Europe
© Jon Kershaw - La tortue cistude d’Europe

Chaque année, plus de 20 millions de visiteurs sont accueillis dans les parcs zoologiques hexagonaux. Cette importante fréquentation est une opportunité unique de sensibiliser un large public à la protection et la conservation de la biodiversité. Depuis quelques années, les médias ont mis en lumière le travail des parcs zoologiques dans le domaine de la conservation ex situ ; le grand public connaît donc bien le fonctionnement de nos programmes d’élevage, des échanges d’animaux entre institutions et sait que les parcs ne prélèvent plus d’animaux dans leurs milieux naturels depuis près de 40 ans.

Aujourd’hui, la grande majorité de ces programmes d’élevage ex situ fonctionne très bien. Les naissances en parcs d’espèces qui disparaissent dans la nature sont nombreuses, à tel point que nous devons parfois les limiter, par exemple par la présentation de groupes unisexes, la pose d’implants contraceptifs… D’où la question récurrente du public : pourquoi n’y a-t-il pas plus de réintroductions dans la nature ? Difficile de répondre à cette simple question tant les problématiques environnementales actuelles sont complexes. La définition même de biodiversité semble obscure pour une grande part de nos visiteurs, notamment les principes d’interactions entre ses différentes strates que sont la diversité génétique, la diversité spécifique et la diversité écosystémique. En clair, réintroduire quelques animaux dans un environnement appauvri en espèces végétales et animales et dans un habitat dégradé serait voué à l’échec. Les parcs zoologiques français ont donc développé leur travail de préservation et de conservation, en tentant de prendre en compte l’interdépendance de ces strates qui s’emboitent pour composer la biodiversité. De nombreux parcs financent des projets de conservation qui sont gérés par des associations travaillant sur le terrain ; elles connaissent parfaitement les enjeux locaux et ont une approche pluridisciplinaire.

Un exemple de partenariat réussi entre un parc zoologique et une action in situ 

Une des plus belles réussites récentes est due à Delphine Roullet, primatologue qui a créé en 2009 l’association Helspimus. Delphine a été pendant plusieurs années la coordinatrice du programme d’élevage ex situ du Grand Hapalémur (Prolemur simus). Elle a rapidement compris l’importance de relier le travail des parcs zoologiques à une action in situ, c’est-à-dire dans le milieu naturel.

Grâce à l’action d’Helpsimus à Madagascar, le Grand Hapalémur est sorti de la liste des 25 primates les plus menacés de la planète ; aujourd’hui la population atteint les 1 000 individus. La réussite d’une telle action est liée à plusieurs facteurs. Il a fallu étudier la biologie d’une espèce peu connue, comprendre l’écosystème local, répertorier les groupes, former des gardes locaux, réaliser des études socio-économiques et socio-culturelles destinées à connaître les besoins des villageois, ce qui a permis de construire des ponts, des accès à l’eau potable, des écoles, de trouver des alternatives aux pratiques de culture sur brulis qui dégradent irrémédiablement les sols et l’habitat des Hapalémurs…

Cette approche holistique d’une problématique permet de passer de la contrainte à la richesse. Le Grand Hapalémur et son habitat bénéficient dorénavant d’une meilleure protection et, dans le même temps, les populations locales ont accès à une meilleure qualité de vie.

Une étude mondiale sur l’impact d’une visite d’un parc zoologique sur l’appréhension de la notion de biodiversité

Le grand public, et en particulier les visiteurs de parcs zoologiques, a-t-il une connaissance approfondie de tous ces paramètres ? La notion de biodiversité est-elle maîtrisée par nos visiteurs ? Enfin, la visite d’un parc zoologique modifie-t-elle les connaissances ou les comportements des visiteurs vis-à-vis de la biodiversité ? Il existe très peu d’études abordant ces thématiques. Une des plus récentes et des plus complètes a été réalisée en 2014 sous l’égide de la WAZA (World Association of Zoos and Aquariums), par le zoo de Chester en Angleterre, en collaboration avec le département de sociologie de l’université de Warwick. Cette étude a été menée sur un échantillon de 6 000 visiteurs, dans 30 zoos et aquariums à travers le monde.

La méthodologie utilisée pour cette étude consistait à fournir un questionnaire en deux parties aux visiteurs. La première partie permettait d’évaluer leur compréhension de la biodiversité avant leur visite, et la seconde partie une évaluation en fin de visite. Avant une visite en parc zoologique, seuls 3 participants sur 10 indiquent savoir que la biodiversité est liée à des phénomènes biologiques, sans pouvoir donner de définition plus précise. 69,8 % des participants ont tout de même des notions globales de ce qu’est la biodiversité. Seuls 9,9 % ont une bonne connaissance de la notion de biodiversité. Ceux qui n’avaient jamais visité de zoo auparavant ont de moins bonnes connaissances de la notion de biodiversité que les visiteurs assidus d’établissements zoologiques (zoos ou aquariums). Les visiteurs ayant un abonnement dans le zoo visité maîtrisent davantage – et ce de manière significative – la notion de biodiversité que les non-abonnés ; c’est également le cas pour les personnes membres d’une association de conservation de la nature ou encore pour les visiteurs ayant un niveau d’études supérieur.

L’étude met en avant l’impact positif de la visite sur le public ; en effet, celle-ci participe à une meilleure compréhension de la notion de biodiversité (69,8 % avant contre 75,1 % après). En Afrique et en Asie, le changement entre l’avant et l’après visite est moins notable qu’en Europe ou au Moyen-Orient.

L’étude permet de voir que les visiteurs ayant assisté à des activités pédagogiques pendant leur visite montrent un changement significatif entre l’avant et l’après visite et maîtrisent mieux la notion de biodiversité. Ce changement est moins visible chez les membres d’associations de conservation ou chez les plus diplômés. Concernant les actions en faveur de la biodiversité, 50 % des sondés étaient capables de mentionner une action. Les participants d’Amérique centrale et du sud ont montré avant leur visite une moins bonne connaissance des actions possibles en faveur de la biodiversité. Les femmes, qui ont majoritairement participé à cette étude, étaient également plus à même de mentionner des actions en faveur de la biodiversité avant la visite que les participants hommes. Les participants ayant visionné des documentaires animaliers dans les 12 mois précédant leur visite montrent également une connaissance significative d’actions possibles en faveur de la biodiversité, tout comme les participants les plus jeunes et les plus diplômés.

L’évolution de la compréhension de la notion d’action en faveur de la biodiversité avant et après une visite en parc zoologique ou aquarium est notable. Avant la visite, 50,8 % des participants sont capables d’identifier une action en faveur de la biodiversité applicable à l’échelle individuelle ; ils sont 58,8 % en fin de visite. Les participants en Afrique, Asie, Amérique centrale et du sud montrent un changement moins significatif dans leurs connaissances de ces actions. Les participants ayant assisté à une activité pédagogique pendant leur visite montrent un changement significatif de leurs connaissances, tout comme les participants les plus âgés. A contrario, les membres d’associations pour la conservation de la nature ne montrent qu’un léger changement dans leurs connaissances des actions en faveur de l’environnement.

Cette étude prouve qu’une visite d’un parc zoologique ou d’un aquarium peut contribuer à accroître la connaissance de la biodiversité et à faire prendre conscience à nos visiteurs des actions qu’ils peuvent mettre en place pour protéger cette biodiversité. Toutefois cette étude prouve également la diversité des publics accueillis au sein de nos établissements et les différences de niveaux de connaissances en fonction des catégories de visiteurs.

Les parcs zoologiques et aquariums doivent régulièrement évaluer leurs outils éducatifs et s’assurer qu’ils soient compatibles avec les différentes catégories de visiteurs accueillis, mais il est clair que la visite d’un parc zoologique ou d’un aquarium est une expérience favorisant des changements de comportements et une meilleure compréhension de la notion de biodiversité et des moyens de la sauvegarder. Nos établissements doivent également être des modèles en matière de protection de la biodiversité locale. Nos plans d’élevage européens fonctionnent bien, mais notre impact sur la biodiversité locale doit également être évalué.

L’Association Française des Parcs Zoologiques (AFdPZ) regroupe une centaine de membres. Chacun d’eux est gestionnaire d’un espace naturel préservé puisque les parcs s’efforcent de mettre en place des pratiques vertueuses pour la nature. L’ensemble des superficies des parcs représente plusieurs centaines d’hectares. Les zoos étant répartis sur l’ensemble du territoire métropolitain et d’outre-mer, nous représentons à travers nos sites la diversité et la richesse des paysages et des écosystèmes français. Notre discours sur la protection de la biodiversité sera d’autant plus efficace auprès de nos visiteurs, si le zoo lui-même est géré de façon durable et respectueuse de son environnement. Les aménagements doivent bien entendu prendre en compte les besoins spécifiques des espèces, souvent exotiques, que nous hébergeons, sans pour autant faire abstraction des besoins de la faune locale. Beaucoup d’établissements zoologiques ont réalisé des inventaires faunistiques, qui démontrent une richesse particulière des milieux dont nous avons la charge, avec présence récurrente de chiroptères, amphibiens, reptiles et d’une avifaune riche. Creuser des mares, conserver des zones forestières, installer des nichoirs, créer des zones propices à la présence d’une faune locale doit être un des volets importants de nos projets d’aménagement.

Une campagne internationale de sensibilisation : Let it grow

L’Association européenne des zoos et aquariums (EAZA) a lancé, en collaboration avec le Botanic Gardens Conservation International (BGCI) et Ecsite, une campagne internationale de sensibilisation à la biodiversité locale intitulée « Let it grow ». Le but de cette campagne est de mettre en lumière la biodiversité locale et d’encourager les citoyens à s’impliquer dans sa valorisation et sa protection. Cette campagne sert également à mettre en place concrètement le Plan stratégique pour la biodiversité 2011-2020.

L’objectif numéro 1 de ce plan est le suivant : « D’ici à 2020 au plus tard, les individus sont conscients de la valeur de la diversité biologique et des mesures qu’ils peuvent prendre pour la conserver et l’utiliser de manière durable. »

Pendant cette campagne, les zoos français ont présenté à leurs publics les stratégies mises en place dans leurs structures pour être les plus respectueux possible dans la gestion de leurs sites. Preuve en est : de nombreux établissements s’engagent dans la certification ISO 14001 de management environnemental. Cette campagne a permis d’évaluer les politiques de gestion environnementale de nos établissements depuis le tri des déchets, les économies d’énergies, l’isolation de nos bâtiments, les économies et la gestion de l’eau, l’utilisation de produits d’entretien biologiques, la recherche d’alternatives au plastique, la recherche de fournisseurs locaux pour les approvisionnements afin de réduire l’empreinte carbone, etc.

Concrètement les zoos et les aquariums ont montré à leurs visiteurs que des solutions existent, et qu’elles sont facilement applicables à une échelle individuelle. Ce type de campagne permet également de rapprocher les associations naturalistes locales des parcs zoologiques d’un large public. Ces rapprochements permettent également d’engager des relations sur la durée : à titre d’exemple, le Bioparc de Doué–la-Fontaine a récemment été reconnu « refuge LPO collectivité », preuve que le zoo de Doué est exemplaire dans la gestion de son site et devient un modèle pour ses visiteurs. Le public est très sensible à la reconnaissance de nos actions par des associations extérieures au monde des parcs zoologiques. Il s’agit d’un gage de savoir-faire et d’expertise pour nos établissements.

Grâce à cette expertise, les parcs sont régulièrement sollicités par l’administration pour venir en aide et devenir des centres d’accueil pour les animaux saisis. De nombreux parcs hébergent des reptiles, primates ou même des félins abandonnés ou saisis, qui, sans l’intervention des zoos, seraient en grande partie euthanasiés. Bien sûr le grand public attend de nous des réintroductions d’espèces dans leurs milieux d’origine, ce qui est fait par de nombreux parcs. Tout récemment, ce sont des bisons européens qui sont partis pour être réintroduits en Azerbaïdjan avec la participation de trois parcs français : le zoo de Pescheray, le ZooSafari de Thoiry et le Parc animalier de Sainte-Croix. Les parcs de Branféré, Mulhouse, la Haute-Touche, Zoodyssée et la Ferme aux Crocodiles ont quant à eux contribué au retour de la tortue cistude d’Europe. Sa réintroduction n’a été possible que grâce à la collaboration entre plusieurs acteurs : les conservatoires d’espaces naturels, les zoos, les conseils départementaux et le CNRS. Le NaturOparC de Hunawihr travaille avec l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) à la réintroduction du grand hamster en Alsace. Des ibis chauves, des vautours fauves, des chevaux de Przewalski, des oryx… sont ou ont été réintroduits grâce aux populations des zoos.

Toutes ces réintroductions sont le résultat d’un long travail préliminaire. Un colloque national « Ex-situ/In-situ – Réintroductions d’espèces animales : la chaîne des compétences », ouvert au grand public, est d’ailleurs organisé sur cette thématique les 13 et 14 novembre à Aix-les-Bains par le CEN Savoie et l’AFdPZ. Les programmes d’élevage des parcs européens sont menés de façon rigoureuse depuis de nombreuses années. La professionnalisation des soigneurs animaliers, ainsi que la collaboration avec les administrations, permettent d’assurer le succès de ces opérations.

Pour conclure et répondre aux questions posées en introduction, il est clair que les visiteurs des parcs zoologiques n’ont pas un profil type, mais globalement la notion de biodiversité ne semble pas complètement maîtrisée par tous. Les parcs zoologiques, mais aussi les associations naturalistes, l’Éducation nationale ou les administrations ont un rôle important à jouer afin de faire adhérer le grand public, qui semble souvent déconnecté de cet enjeu de nature et de biodiversité parce que majoritairement urbain. La préservation de cette biodiversité ne pourra être efficace que si cette notion est maîtrisée et partagée par tous.