Parler de travaux de recherche sensibles : un défi pour les chercheurs et les médiateurs

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Caroline, anthropologue, discute du malaise des agriculteurs face au monde qui change © Lionel Maillot

L’accompagnement à la vulgarisation des chercheurs travaillant sur des sujets sensibles est essentiel pour permettre de faciliter les échanges avec des classes et le grand public.

Depuis 2001, les médiateurs de la Mission Culture Scientifique (MCS) de l’université de Bourgogne accompagnent des chercheurs à vulgariser leurs recherches auprès de classes et du grand public. Pendant les ateliers d’Experimentarium  ou la Nuit européenne des Chercheur·e·s, ils y parlent de leur quotidien, invitent au questionnement et entraînent le public au cœur de la recherche en train de se faire.

En 21 ans de rencontres, il est souvent apparu que les chercheurs, notamment doctorants ou post-doctorants, sont mal à l’aise lorsqu’il s’agit de discuter de sujets sensibles. Comment parler d’expérimentation animale ou de sujets socialement vifs ? Comment aborder les maladies ou les conflits armés ? Le rôle des médiateurs est alors crucial : former, rassurer et créer un contexte de rencontre convivial propice aux échanges.

Préparer les chercheurs à la rencontre

La réussite d’une rencontre entre un chercheur et un public ne va pas de soi. Pour participer aux actions de l’Experimentarium 1, le jeune chercheur suit une formation pendant laquelle il est accompagné par un médiateur. Ensemble, ils sélectionnent ce qu’il va aborder et réfléchissent aux objets à montrer au public. C’est un temps pour choisir l’angle avec lequel discuter d’un sujet sensible : parler de ses recherches sur l’avortement peut être abordé sans lancer un débat sur le droit à l’avortement par exemple.

L’expérimentation animale est vue comme un sujet de crispation et les chercheurs préfèrent souvent l’éviter. Lors de répétitions en amont des rencontres, les médiateurs rassurent et incitent à répondre de manière transparente aux questions du public, voire à devancer les idées reçues.

Créer les conditions d’une rencontre réussie

Une fois formé, le jeune chercheur peut rencontrer des scolaires, du CM2 à la Terminale et le grand public. Le contexte des rencontres est un élément important pour favoriser les échanges. Autour de transats, de fauteuils ou de mange-debout, le chercheur se place toujours à la même hauteur que le public. La scénographie, comme lors des Nuits Européennes Des Chercheur·e·s, peut être au service de formats de médiation originaux (comme “les rencontres dans le noir”) et créer des espaces de discussion intimes, où chercheurs et public peuvent se concentrer sur les échanges.

Que les rencontres aient lieu en classe, en bibliothèque, au musée ou dans les bois, les jeunes chercheurs sont préparés pour éviter d’être mis en difficulté. Les médiateurs s’adaptent au contexte de l’action, notamment quand les chercheurs abordent des questions sensibles, et restent attentifs lors des premières rencontres. La connaissance des publics est essentielle et nécessite des liens privilégiés et durables avec les structures qui accueillent l’Experimentarium.

S’assurer du dialogue entre science et société

Grâce aux situations mises en place, les évènements organisés par la MCS donnent la possibilité à tous de poser directement des questions à des chercheurs et de discuter, soutenir ou critiquer les travaux en cours. Le public peut donner son avis en toute légitimité et les chercheurs sont invités à accepter la contradiction. Tous les sujets peuvent être abordés : l’utilisation de la contraception moderne en Guinée, les manières de mieux combattre les cancers, les stéréotypes raciaux en sport collectif…

L’environnement propice aux échanges vise à instaurer un vrai dialogue. Les chercheurs laissent la place aux interactions et sont physiquement proches des gens à qui ils parlent. Ils peuvent voir les réactions exprimées sur les visages.  Les médiateurs sont garants de la bonne tenue des échanges aussi bien pour le public que pour les chercheurs. 

Ainsi, les nombreuses années d’accompagnement des chercheurs participant aux Nuits Européennes des Chercheur·e·s et à l’Experimentarium ont montré l’intérêt de préparer les rencontres publics-chercheurs, notamment quand il s’agit de sujets sensibles. Les échanges y sont facilités et aussi intéressants pour le public que pour les chercheurs, la base d’un programme ambitieux créant un dialogue science-société.

1 Créé en 2001 à l’université de Bourgogne, l’Experimentarium est un programme de rencontres entre de jeunes chercheurs et différents publics. Depuis 2015, ce programme s’est structuré en réseau avec d’autres régions. Plus d’informations sur www.experimentarium.fr