Parlons technique et industrie dans les muséums  !

Du partage des sciences à l'engagement citoyen - 40 ans de politiques de CSTI
Les étapes de fabrication du papier au 19e siècle dans les collections du Musée d’histoire naturelle de Lille © MHNL
Les muséums d’histoire naturelle s’intéressent beaucoup aux sciences naturelles, mais pas uniquement. Leur champ d’intervention est bien plus vaste et selon les institutions peut se tourner vers certaines sciences humaines comme l’ethnologie ou l’archéologie, mais aussi les sciences et techniques et l’industrie. Les techniques et technologies que l’espèce humaine développe sont autant d’objets complexes de notre quotidien que les actions de culture scientifique peuvent contribuer à démystifier, décortiquer, mieux appréhender. En réalité, l’ensemble du spectre de la culture scientifique, technique et industrielle peut être embrassé par un muséum !

Le département de Sciences et techniques du Musée d’histoire naturelle de Lille est composé de 40 000 objets mais aussi de 20 000 ouvrages et revues qui documentent les collections. Il provient du transfert en 1990 de l’ancien Musée industriel et commercial de Lille. Ces collections sont constituées au XIXe siècle pour être le reflet des activités industrielles de la région et tout en ayant un rôle pédagogique. Au-delà des produits finis, le musée expose ainsi les matières premières, les outils de fabrication et toutes les étapes du processus artisanal ou industriel. En complément, le musée était dépositaire d’ensembles de produits manufacturés fabriqués à l’étranger et vendus dans des territoires commerciaux à conquérir, témoignant aussi de la vigueur de l’activité économique régionale.

Chaque objet de ce fonds est témoin de l’histoire industrielle mais aussi scientifique et des évolutions techniques. De nombreux ensembles témoignent des chaines opératoires complètes de certaines filières industrielles du XIXe jusqu’au début du XXe siècle. Si le souvenir du Musée industriel reste vif dans la mémoire de quelques lillois, peu connaissent la localisation actuelle des collections. Les enjeux pour le musée d’histoire naturelle de Lille aujourd’hui - et surtout dans le cadre du projet de rénovation - est de mieux faire connaître ces collections au public en général mais aussi au monde industriel.

Un des axes pour le musée est de trouver des partenaires sur des projets de recherche et de valorisation autour de ces collections. Ainsi, le fonds de produits chimiques fait actuellement l’objet d’études réalisées par la Junior entreprise de l’École nationale supérieure de chimie de Lille (ENSCL), avec le soutien financier de France Chimie Nord Pas-de-Calais et de l’entreprise Kuhlmann France. Plus de 400 flacons, issus d’industries de la région sont conservés en réserves. Depuis mai 2021, le partenariat avec ENSCL permet d’étudier ces produits avec plusieurs objectifs, autour des risques chimiques, de la conservation et de la dimension historique de ces fonds.

Le Muséum d’Orléans pour la Biodiversité et l’Environnement (MOBE) ne conserve pas de collections techniques ou industrielles. Cependant, en s’emparant de ces thématiques, il peut explorer d’autres approches de questionnement et de décryptage, en particulier dans son nouvel espace hybride, le « 4 Tiers ».

Le MOBE développe un projet avec le CNAM-Centre Val de Loire et le Laboratoire de Physique et de Chimie de l’Environnement (LPC2E, CNRS) autour d’instruments scientifiques et techniques. Chaque mois un objet de ces institutions est présenté au public. Il peut s’agir d’instruments historiques (CNAM) ou actuels, en lien avec l’exploration spatiale (LPC2E). Chacun peut prendre le temps de s’interroger sur l’objet et sa fonction, de manière plus ou moins guidée selon le degré de lisibilité de l’objet. Au bout de 3 semaines, les réponses sont analysées et un spécialiste du sujet vient à la rencontre du public. Les réponses du public sont valorisées dans leur démarche, au-delà des résultats : la plus proche, la plus logique, la plus argumentée, et la plus drôle pour le côté décalé !

Le MOBE conduit aussi des projets avec des acteurs industriels comme EDF qui dispose d’unités de recherche et développement où des chercheurs travaillent sur des sujets variés et permettent d’alimenter la programmation de conférences et débats, y compris sur des enjeux clés. Par exemple, une table ronde a pu être organisée sur les problématiques environnementales posées par un barrage hydraulique, réunissant acteurs énergétiques et de la protection de l’environnement. D’autres projets portent sur une semaine des métiers scientifiques, visant à présenter une palette de métiers divers à des jeunes en recherche d’orientation (recherche scientifique académique ou R&D, médiation scientifique, éducation à l’environnement, industrie, nouvelles technologies, etc).

Les exemples de deux institutions aux visages différents et s’intéressant à ce sujet montrent un intérêt renouvelé pour le « T » et le « I » de la « CSTI ». La dimension partenariale est très prégnante dans ces projets, a fortiori pour une institution comme le Muséum d’Orléans qui ne dispose pas d’antériorité sur le sujet. Cela étant, parce que ces démarches contribuent à la concrétisation des objectifs de ces institutions, les projets et solutions peuvent être imaginés et mis en œuvre. Réinvestir les champs techniques et industriels peut aussi être une approche pour élargir les publics touchés, par des approches complémentaires voire différentes, mais concourant de la même manière à la réalisation des grands enjeux de la culture scientifique.