Petites et grandes histoires de l’Espace – Entretien avec Gérard Azoulay

Quelles médiations pour l'espace ?
© Observatoire de l'Espace
© Observatoire de l'Espace

Pour la 8ème édition du festival Sidération les 23, 24 et 25 mars 2018, l’Observatoire de l’Espace du CNES invitait le public à découvrir Anecdopolis, la cité des anecdotes sur l’Espace. Rencontre avec Gérard Azoulay, directeur artistique du festival.

Cette édition 2018 du festival Sidération porte sur le thème « Anecdotes et faits divers » et propose « un florilège d’histoires ordinaires ». L’idée est-elle de raconter une autre Histoire de l’Espace ?

Le projet du festival, c’est de donner droit de cité, non pas à une seule Histoire, mais à des histoires. À ce que j’appelle l’histoire minuscule, les histoires ordinaires. Ça ne veut pas dire que les grands moments de l’histoire spatiale n’existent pas, mais nous voulons montrer que ce ne sont pas les seuls. Il y a, en parallèle, de nombreux récits qui apportent des éclairages très humains sur l’aventure spatiale, qui n’a pas été faite que par trois héros et deux ingénieurs. Elle a été construite par tout un ensemble de personnes, à des degrés divers, par leur engagement, leurs écrits, les expositions, les œuvres qu’ils ont pu créer. C’est tout cela qui m’intéresse : le montrer au public, c’est aussi permettre de ne pas l’exclure de cette aventure spatiale.

C’est l’idée que chacun a son histoire à raconter sur l’Espace, de Thomas Pesquet au citoyen lambda…

Oui, à côté de l’histoire de Thomas Pesquet, qui s’intègre dans cette « grande histoire », il y a aussi des petites histoires. Une proposition artistique sur la scène du festival, autour de Twitter et de Thomas Pesquet, a d’ailleurs été présentée. Thomas était très actif sur les réseaux sociaux ; un artiste s’est emparé de cela et montre qu’en contrepoint, il y a une vie qui s’est construite ici, sur Terre. Et en fait c’est ce qu’on met en exergue : à travers tout ce qui se construit dans l’Espace, il y a aussi une activité terrestre, qui sert l’activité spatiale. Et ça c’est important pour nous, pour le festival et l’Observatoire de l’Espace.

Dans le programme, on peut lire que « l’idée de transmission est centrale à la question de l’Espace ». Qu’est-il important de transmettre ?

C’est justement cette idée de ne pas communiquer une seule version, un seul grand récit formaté, lisse, mais d’inviter des intervenants de différentes origines : des scientifiques en sciences exactes et en sciences humaines, mais aussi des artistes, des auteurs de littérature… Il s’agit de confronter ces récits, d’avoir constamment ce va-et-vient entre la grande Histoire qu’on nous propose généralement dans les médias et le quotidien de l’espace, de valoriser ces anecdotes qui permettent à chacun de s’y retrouver.

Les anecdotes, c’est un bon moyen d’entrer en contact avec le monde de la recherche spatiale ?

Tous les scientifiques qui ont accepté de participer ont été intéressés par cette approche. L’activité spatiale produit de la connaissance, des savoirs, du patrimoine… Notre travail est de faire en sorte que ce matériau puisse être saisi par des artistes, des auteurs… qui vont créer à partir de cela. La relation arts-sciences n’est pas bijective, en tout cas ce n’est pas notre approche. Le monde scientifique participe à nos manifestations, il vient à sa place, il ne vient pas « faire l’artiste ». Les scientifiques viennent avec leurs savoirs et ce qui change, c’est simplement la façon dont on va orienter ce qu’on leur demande. Plutôt qu’ils nous expliquent quelque chose d’important, on va leur demander « Peut-être que vous avez un petit récit qui nous éclairerait ? ».

Récemment, en parallèle du lancement de la fusée Falcon Heavy de SpaceX, une voiture a été envoyée dans l’espace avec des éléments de culture.1
Ça peut paraître anecdotique, mais est-ce finalement aussi important que le test de la fusée en lui-même ?

Non, cela ne se situe pas dans le même registre : le test de la fusée est une opération technique, qui doit valider un process. Pour moi, le lancement  d’une  voiture avec des objets emblématiques  n’est pas un projet culturel, mais un projet médiatique. On est dans le registre de la communication, voire de la propagande, au sens historique du terme.

  1. Le mannequin envoyé au volant de la voiture a été baptisé « Starman » en référence à la chanson de David Bowie – qui était d’ailleurs diffusée dans l’autoradio – et d’autres éléments étaient présents dans la voiture : le roman « Le guide du voyageur galactique », un CD contenant « Fondations » d’Isaac Asimov, la mention « made on Earth by humans » gravée dans un circuit électrique, les noms des employés de SpaceX, etc.
    (cf « Une voiture dans l’espace », par Florence Porcel)