Transformation de la Bibliothèque des sciences et de l’industrie

Explorer les transitions
© A Robin EPPDCSI
© A Robin EPPDCSI

Face à la baisse continue de la fréquentation et du nombre de prêts à domicile de la Bibliothèque des sciences et de l’industrie (BsI), Universcience propose de faire évoluer sa bibliothèque en un dispositif innovant, capitalisant sur les acquis du numérique. ce chantier ambitieux s’inscrit dans la transformation numérique d’Universcience, priorité du projet d’établissement 2016-2020, et capitalise sur les expérimentations menées dans le cadre du programme Inmediats.

Avec 480 000 visiteurs par an, la BSI est l’une des plus importantes bibliothèques « grand public » en France. Elle possède un fonds documentaire important (près de 100000 ressources multi-supports), regroupant des ouvrages scientifiques touchant un large public, mais aussi un fonds jeunesse, un fonds d’histoire des sciences et des techniques, de même que des collections dans les domaines de l’informatique, de la fabrication en 3D, de la santé, des métiers, de l’entreprise et de la vie professionnelle.

La BSI regroupe également plusieurs offres de services innovantes comme la Cité des métiers et la Cité de la santé, auxquelles s’ajoute le Carrefour numérique2, dont le FabLab et le Living Lab, inaugurés il y a près de trois ans.

La transformation de la BSI est un projet de réaménagement qui permettra de :

  • regrouper sur un espace cohérent les composantes disparates de l’offre actuelle (Cité des métiers, Carrefour numérique2),
  • proposer une évolution de l’offre, passant d’une logique de ressources à une logique de services, où le visiteur sera positionné dans une posture d’acteur/créateur.

Les publics visés sont les publics actuels de la BSI, soit les jeunes de 12 à 25 ans, résidant dans un périmètre distant de trente minutes autour de la Cité des sciences et de l’industrie. A côté de ces publics cibles, la BSI continuera d’accueillir les moins de 12 ans, les curieux et amateurs des sciences et des technologies, les actifs de plus de 25 ans et les seniors.

Une évolution de l’offre

La plupart des bibliothèques se voient aujourd’hui remises en question, tout autant dans leur usage effectif que dans leur vocation initiale. La bibliothèque était auparavant ce lieu où, dans un contexte de relative rareté, l’information s’accumulait sous sa forme matérielle, de manière que chacun puisse y avoir accès. Mais l’information apparaît désormais omniprésente à mesure qu’elle se dématérialise. La question n’est plus, comme il y a quelques années, de savoir la place que l’information dématérialisée peut trouver dans les murs de la bibliothèque, mais de savoir la place que la bibliothèque peut désormais tenir dans un monde d’information dématérialisé.

On peut ainsi considérer que la bibliothèque et le FabLab du Carrefour Numérique2 se rejoignent dans un double mouvement opposé. La bibliothèque suit une voie tendancielle de dématérialisation, alors qu’à l’inverse le FabLab explore des voies de matérialisation nouvelles (le premier FabLab, conçu il y a vingt ans au sein du MIT de Boston, se définissait déjà comme un Center for Bits and Atoms, c’est-à-dire, un lieu où l’on expérimente le passage des données numériques à leurs formes physiques). Ainsi la bibliothèque, qui intégrerait en même temps un FabLab, pourrait devenir le lieu où l’information et la pensée se matérialisent sous d’autres formes que celle du seul livre.

Outre ce mouvement de matérialisation/dématérialisation, la bibliothèque doit opérer un autre retournement, selon un mouvement ascendant/descendant. En effet, le développement du numérique s’accompagne de nouveaux usages, notamment dans le domaine de l’apprentissage : le grand public souhaite désormais contribuer à la production des savoirs. D’un mode d’apprentissage fondé sur la mémorisation des connaissances et le questionnement, nous évoluons vers un mode fondé sur la pratique et la recherche de solutions. Aussi, le cadre didactique dans lequel l’institution culturelle est le narrateur et le public l’apprenant, a-t-il moins de sens aujourd’hui.

Trois axes, issus de la révolution numérique, président donc à la transformation de la BSI :

  • La « capacitation » des publics ou l’empowerment

Les bibliothèques doivent désormais proposer plus que l’accès à l’offre documentaire, dorénavant accessible facilement par tous via Internet : elles doivent offrir à leurs visiteurs les outils leur permettant de renforcer leur capacité d’action individuelle et collective. Pour cela, les bibliothèques doivent rendre accessibles à leurs publics les nouveaux dispositifs technologiques comme les nouvelles pratiques d’apprentissage, de collaboration et de co-création, servant ainsi de tremplin à la réussite de tous les talents.

  • La « réincarnation » du numérique

La vague du numérique révolutionne nos sociétés et nos usages. Mais ces avancées technologiques se réincarnent maintenant dans des objets tangibles que l’on retrouve dans nos maisons, nos poches et, demain, nos corps. Parallèlement, les communautés purement virtuelles réclament des lieux d’échange présentiels que pourraient offrir les bibliothèques, devenant de véritables « tiers-lieux ».

  • Les pratiques de l’économie collaborative

L’économie collaborative, largement issue de la révolution numérique et de l’explosion des échanges directs entre individus, vise à créer de la valeur en s’appuyant sur une organisation plus horizontale que verticale. Prenant généralement appui sur des plateformes numériques, elle repose sur l’organisation des citoyens en communautés ou en « réseau » et favorise la mutualisation de services, de ressources, de biens ou de savoirs. Les bibliothèques, favorisant cette dimension horizontale des échanges, peuvent ainsi devenir un point d’ancrage physique de ces nouvelles démarches.

La transformation de la BSI concrétise ainsi le possible rapprochement entre les bibliothèques et les centres de culture scientifique et technique. Ce rapprochement se révèle d’autant plus nécessaire que  le grand public remet de plus en plus souvent en cause les théories scientifiques que nos établissements peuvent exposer. La bibliothèque pourrait ainsi devenir cet autre lieu, complémentaire de nos centres, où l’ensemble des informations serait disponible, sans discours institutionnel, et où le visiteur pourrait se forger un véritable esprit critique grâce aux services proposés.

Claude Farge, directeur des éditions et du transmédia, et directeur de la bibliothèque et des ressources documentaires & Laetitia Stagnara, directrice adjointe de la bibliothèque et des ressources documentaires