Un Dimanche au bord du Lac

Du partage des sciences à l'engagement citoyen - 40 ans de politiques de CSTI
Vue d’ensemble, « Un Dimanche au Bord du Lac » © Joachim Hocine

À Toulouse, l’un des événements majeurs de la Fête de la Science prend place en plein cœur du quartier du Mirail, grâce à la mobilisation conjointe de multiples acteurs publics et associatifs du territoire. Sur une journée, il s’agit d’articuler culture scientifique et technique, numérique, spectacles de rue et pratiques sportives et de loisirs, le tout, au bord d’un lac ! Une recette originale qui fonctionne bien et qui ouvre le quartier à toute la ville lorsque la météo le permet.

Le lac en question se trouve dans le parc de la Reynerie, situé au sud-ouest de la ville de Toulouse, dans le quartier populaire du Grand Mirail, place Abbal. Chaque année depuis 2012, autour de ce lac donc, mais aussi juste à côté, dans le jardin du château de la Reynerie (XVIIIe siècle) labellisé « Jardin remarquable », se déroulent en plein air, des ateliers scientifiques, installations artistiques, spectacles de rue et rencontres avec des scientifiques, au menu d’une journée festive et conviviale pour tous : pas besoin d’être spécialiste pour s’émouvoir de découvertes ou pour partager des techniques, des savoir-faire, ou des connaissances scientifiques. Rendez-vous incontournable de la Fête de la science à Toulouse, « Un dimanche au bord du lac » est organisé par le centre culturel Alban Minville, le centre culturel de quartier Reynerie, la Direction de la culture scientifique, technique et industrielle (Quai des Savoirs et Muséum d’Histoire naturelle de Toulouse), en partenariat avec des associations de la culture scientifique et technique, de la culture et du quartier du Mirail. La programmation est pluridisciplinaire et ne s’adresse pas uniquement aux habitants du quartier, mais bien à un large public, à l’échelle de la métropole toulousaine. C’est là un des marqueurs forts de cette opération, qui vise à déplacer le centre de gravité d’un événement tel que la Fête de la science, du centre-ville aux quartiers périphériques. 

Les bonnes fées de l’opération - ou les facteurs-clés de succès

Outre la météo qui, pour une opération en plein air sans possibilité de repli abrité, peut siffler la fin de la partie avant même que les joueurs entrent sur le terrain (ce qui est hélas arrivé lors des dernières éditions), les principaux défis à relever pour la réussite de Dimanche au bord du lac tiennent à la fois aux acteurs et aux publics. Aux acteurs d’abord, qui mènent un travail collectif et transversal renforcé depuis 5 ans, entre équipements et « directions métiers » pour la réussite de l’événement : mutualisation de moyens financiers, humains, et logistiques, élaboration commune de la programmation et de la communication. Ici réside l’un des facteurs-clés de succès de ce type d’opérations partenariales : l’inscription et la construction dans la durée des collaborations. Car même si une appropriation plus importante du projet par les « équipes supports » en interne peut toujours être opérée, la structuration du projet global passe nécessairement par le développement de partenariats en amont, incarnés par des actions qui font sens entre les équipements. Ainsi, il ne s’agit pas seulement de se mobiliser et collaborer pour une journée pendant la Fête de la science, mais d’élaborer à plusieurs toute une série d’opérations et d’animations pendant l’année. Pour le Quai des Savoirs, cela passe par une participation au programme « Un été au bord du lac » avec des ateliers, par des collaborations régulières en programmation culturelle avec les Maisons de chômeurs ou les centres culturels et la médiathèque implantés sur le quartier Grand Mirail, par la venue des publics au Quai des Savoirs.

Cette dynamique collective s’inscrit à l’intersection de politiques publiques territoriales plus générales, liées à la stratégie relative à la diffusion et au rayonnement de la CSTI portée par les directions de la culture scientifique, technique et industrielle de Toulouse Métropole, de l’action socioculturelle, de l’action territoriale – Contrat de Ville et Renouvellement urbain. Elle répond aux objectifs cadres de participation à la préservation, à la valorisation du patrimoine, à l’animation d’activités de médiations pluridisciplinaires entre sciences, société, arts, ainsi qu’au développement durable : partage des savoirs et des savoir-faire, éducation, citoyenneté, transdisciplinarité, découverte, curiosité et expérimentation en sont les axes de mise en œuvre. Elle permet d’ancrer et de valoriser une dynamique territoriale, en y associant différents intervenants, chercheurs, experts et médiateurs scientifiques, artistes. Il s’agit aussi pour les acteurs impliqués d’impulser des temps forts culturels fédérateurs, de favoriser une occupation positive de l’espace public, la mixité des publics et ainsi contribuer à créer du lien social par la valorisation de quartiers de la Politique de la ville. Enfin, l’objectif consiste également à renforcer les relations entre équipements et services du centre et des périphéries, durant l’année par des actions culturelles, et par l’organisation d’un événement phare. 

Faire ensemble : une mixité des pratiques pour une mixité des publics

Oser se rendre pour un événement culturel dans un quartier dont la réputation est fréquemment dénigrée, tel est le pari des organisateurs, relevé de façon exemplaire par tous les publics : ceux résidant sur place et ceux profitant de l’événement pour découvrir ce quartier souvent pour la première fois. Ce qui est régulièrement plébiscité par toutes les parties est cette pluridisciplinarité entre culture, arts et sciences, entre pratiques de découverte, d’expérimentation, et de jeux, de loisirs, de spectacles qui favorise la mixité des publics et une bonne fréquentation globale. Chaque année depuis 10 ans, entre 3 000 et 5 000 visiteurs se pressent durant les 7 heures (12h-19h) que dure « Un Dimanche du bord du lac ».

Des axes d’amélioration sont envisagés par une plus large mobilisation des acteurs du Grand Mirail et des universités : acteurs associatifs, culturels, école d’architecture, Centre d’initiatives artistiques du Mirail (CIAM), université Jean Jaurès, etc. Une coopération pourrait aussi être renforcée avec la communauté éducative (Cité Éducative du Grand Mirail) pour mobiliser davantage les familles et les acteurs éducatifs, malgré le jour de la semaine, le dimanche, et la période d’octobre, proche de la rentrée scolaire, peu propices pour l’Éducation Nationale et les professionnels de l’animation. Côté services publics de la Ville de Toulouse et de Toulouse Métropole, les Directions de la culture scientifique technique et industrielle, de l’Action Socioculturelle et du Contrat de Ville pilotant cet événement, travaillent à un plus fort soutien et suivi de la Direction de la Communication, de la Direction des Espaces Verts et de la Direction du Patrimoine. Cela facilitera une meilleure visibilité, ainsi qu’une valorisation plus conséquente du château, de ses jardins et des abords du lac. Les efforts portent aussi sur l’intensification de la qualité de la programmation artistique et de CSTI par la contribution des centres culturels, du Muséum d’Histoire naturelle, du Quai des Savoirs et de leurs partenaires. Enfin, la poursuite de la démarche-projet d’action culturelle entre le Quai des Savoirs et les centres culturels, en amont de la manifestation, sous forme de parcours avec les habitants sur une thématique arts & sciences va dans le sens de l’amélioration. Sans oublier une meilleure prise en compte des aléas météorologiques qui ne grèverait pas outre mesure un budget global d’opération compris en 70 et 90 000 euros…