Les sciences font partie intégrante de notre quotidien ; elles influencent nos technologies, notre santé et notre compréhension du monde. Mais avant d'être un ensemble de connaissances, les sciences reposent sur un processus de recherche, sur une démarche de questionnement qui, pour beaucoup, demeure un univers lointain et abstrait, source parfois d'incompréhensions voire de défiance. Face à ce constat, le dispositif « Tous Chercheurs » propose des stages immersifs en laboratoire, permettant à chacun·e de comprendre la recherche scientifique en la pratiquant et d’en être acteur·rice.
Un réseau de laboratoires ouverts à tous·tes
Né d’un collectif de scientifiques engagé·es pour un rapprochement entre chercheur·euses et citoyen·nes, « Tous Chercheurs » est un réseau national de laboratoires de recherche ouverts aux publics, ancrés à la fois dans la recherche académique (INRAE, Universités de Lorraine, INSERM, Université d’Aix-Marseille) et dans le monde associatif (« Tous Chercheurs Marseille », « la Vigie de l’Eau » à Vittel).
« Tous Chercheurs » organise des stages immersifs de recherche accessibles dès 10 ans. Pendant deux à trois jours, les participant·es deviennent acteur·rices de la recherche. Ils·elles échangent avec les scientifiques dans une démarche de partage de savoirs. Ils co-formulent des questions de recherche, conduisent des expériences pour y répondre, analysent et interprètent leurs résultats, puis les discutent de manière critique.
Démocratiser la recherche dès le collège
En plus de susciter l’intérêt des plus jeunes pour les sciences et la recherche, les stages « Tous Chercheurs » destinés aux publics scolaires dès le collège, ont vocation à permettre le développement de l’esprit critique, de la capacité d’argumentation et du travail en équipe. L’approche repose sur plusieurs principes clés :
- Une démarche de recherche ouverte telle que la pratiquent les chercheur·euses. Les élèves sont accompagné·e·s, en petits groupes, par un·e scientifique : il ne s’agit pas d’expérimenter pour découvrir une connaissance scientifique préexistante car les résultats sont inconnus au départ.
- Un cadre pour un dialogue et un partage de savoirs bienveillant : des approches ouvertes et inclusives qui valorisent la diversité des propositions.
- Un environnement favorisant l’autonomie : pratiquer et faire des erreurs sont perçus comme des étapes nécessaires du processus scientifique.

Stage Tous Chercheurs-Pôle Education à la recherche, Marseille, octobre 2010 © François Guénet
Les tuteur·rices des stages immersifs jouent un rôle clé. Ils·elles stimulent la réflexion collective par le questionnement, amenant les participant·es à partager librement leurs pensées et à organiser leurs idées.
À l'issue du stage, les élèves se présentent mutuellement leurs travaux et réfléchissent aux limites de ces derniers, illustrant ainsi le caractère itératif de la recherche. En deux ou trois jours, ils·elles pratiquent les métiers liés à la recherche, ce qui peut les aider dans leur choix d’orientation future.
Des stages immersifs qui contribuent à la recherche : l'exemple de CiTIQUE
Les stages « Tous Chercheurs » s’inscrivent également dans des projets de recherche participative ouverts à tous·tes. Les résultats des stages, obtenus conjointement par les citoyen·nes et les chercheur·ses, sont valorisés par les équipes de recherche. Parmi ces projets, le programme CiTIQUE en est une illustration parlante. Celui-ci vise à mieux comprendre l’écologie des tiques et améliorer la prévention des maladies qu’elles transmettent.

Stage Tous Chercheurs-CiTIQUE, Champenoux, 9 février 2022 © INRAE
Dans les stages « Tous Chercheurs-CiTIQUE », les participant·es co-formulent avec les chercheur·euses de nouvelles questions de recherche qui les conduisent par exemple à identifier des espèces de tiques parmi des échantillons de tiques piqueuses envoyées par d’autres citoyen·nes. Cela peut également les amener à réaliser des analyses moléculaires de ces tiques par PCR pour détecter la présence de bactéries pathogènes, notamment celles responsables de la maladie de Lyme. Au-delà de l’impact positif de ces stages sur les participant·es, les résultats conjointement générés aident à mieux comprendre non seulement les espèces de tiques qui piquent en France et leur distribution géographique, mais aussi les conditions de ces piqûres, ce qui permet d’adapter les moyens de prévention et de lutte contre les maladies vectorielles à tiques.
Ainsi, ces stages s’inscrivent pleinement dans une démarche scientifique collaborative où chaque contribution a un impact direct sur la recherche.
Un pont entre sciences et société
Renforcer les interactions entre science et société est déterminant tant pour le progrès des connaissances que pour la confiance réciproque entre la communauté scientifique et les autres acteurs de la société. Dans ce contexte, démocratiser la recherche tel que le pratique ce dispositif dans ses laboratoires ouverts, c’est contribuer à la construction d’un futur dans lequel les citoyens·nes sont tous·tes en capacité de participer aux côtés des chercheurs à la construction de connaissances sur des sujets qui le concernent de près.
Crédits image de couverture : Stage Tous Chercheurs-Pôle éducation à la santé, Marseille, juin 2024 © Rodolphe TRAVEL
Baptiste Arbez, Pascale Frey-Klett et Maylis Ferry de Tous Chercheurs, INRAE Grand-Est ; Magali Conesa de l’Association Tous Chercheurs ; et Irene Carravieri du CPIE Nancy