Science Ouverte face à la ghettoïsation ?

Territoires en action
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Construction d’un polyèdre © Science Ouverte

En Seine-Saint-Denis, l’association Science Ouverte développe des projets de CST.

 

Aujourd’hui encore, la ghettoïsation sociale se poursuit sans bruit dans les banlieues : présence croissante de signes religieux et communautaires (quasiment inexistants il y a quinze ans), réapparition de bidonvilles, réussite scolaire largement inférieure aux chiffres nationaux, chômage des jeunes particulièrement important, persistance de trafics et d’une forme liée de violence.

Une part de ces évolutions est endogène, une autre liée à la mobilité : ainsi notre territoire d’intervention, la Seine-Saint-Denis, ouvert sur le monde extérieur, reflète les évolutions de ce dernier. Et l’on en part quand on a un projet fort, ou qu’on le peut. Ceux qui restent et les jeunes nés sur place se sentent souvent prisonniers du territoire, destin tronqué, victimes de ségrégation.

L’enseignement est au cœur du processus : sans mixité sociale et culturelle, les classes souffrent d’un manque d’émulation et la culture scolaire y apparaît encore plus abstraite et artificielle. D’autre part, les enseignants vivent ailleurs, sont plus souvent stagiaires ou en premier poste. Et si la jeunesse peut inciter au dynamisme, l’expérience et la connaissance des élèves sont indispensables. Bien sûr, l’absence de mixité sociale, au minimum, s’auto-entretient par les départs qu’elle provoque.

Là où j’ai enseigné, en trente ans, le nombre d’élèves s’engageant dans des études longues ou partant en classe préparatoire (quelques unités) n’a guère changé alors qu’en France il a considérablement augmenté. On peut parler de régression.

La ségrégation territoriale dans ce monde où tout communique a créé des besoins d’ouverture. Enseigner de façon motivante a poussé à l’innovation. Faute de sections d’excellence, on a inventé des activités de valeur, en mettant les jeunes directement en contact avec la culture et le milieu scientifique. Elles ont montré le manque, dans les emplois du temps, d’espaces pour chercher, jouer, créer, débattre librement de la science et de ses enjeux.

Après novembre 2005, avec des jeunes du club CNRS Sciences et citoyens que j’animais sur Drancy et Bobigny, nous avons abouti à l’idée qu’il fallait développer des initiatives valorisantes dans et hors enseignement, de nature à motiver les élèves du département, leur montrer qu’ils pouvaient réussir sur place. Et, prolongeant un travail antérieur, nous avons créé début 2007 l’Association Science Ouverte.

 

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Stage relativité © Science Ouverte

 

Nous mobilisons des jeunes du primaire au supérieur à travers des animations et ateliers de science vivante et créatives, des stages thématiques et de recherche, du soutien scolaire. Nous mobilisons environ deux mille jeunes, vingt heures en moyenne. Un noyau de 250 lycéens et étudiants commence à obtenir par son propre travail (car nous ne pratiquons pas de bachotage) des résultats remarquables (25% de mentions TB au bac par exemple). Ils viennent d’une quarantaine d’établissements essentiellement du département. Nous travaillons avec des enseignants, des enseignants-chercheurs bénévoles, des doctorants, des médiateurs, des étudiants embauchés spécialement … et pas mal de partenaires.

Notre projet est de créer une dynamique nouvelle en consolidant et rendant visible l’ensemble des activités de nos jeunes, pour servir de moteur aux autres. Pour ça nous voulons créer un lieu ressource, ce qui semble en bonne voie même si chaque obstacle franchi nous confronte naturellement au suivant !