Comment la médiation peut-elle accompagner les citoyen·nes face aux bouleversements climatiques et aux inégalités sociales ? En cessant de penser ces défis séparément. Le projet européen Come Together, cofinancé par Erasmus+ porté par quatre partenaires européens et Universcience via l’École de la médiation, propose une piste concrète : croiser les enjeux et croiser les expertises.

Légende : Croiser enjeux et expertises pour des médiations inclusives sur le climat : l'approche du projet Come Together.
Croiser les enjeux
Pourquoi ?
Les médiations visant l’inclusion sociale et celles portant sur les enjeux climatiques sont nombreuses, mais leur croisement reste rare. Probablement car faire « comme d’habitude » en changeant simplement de thème ou de public ne suffit pas dans ce contexte. L’approche intersectionnelle de Come Together démontre pourtant qu’il est à la fois possible et nécessaire de penser ensemble inclusion et écologie.
Au sein du projet Come Together, des professionnel·les de la médiation, de la recherche et du champ social ont échangé au fil de rencontres et d’une formation nourrie de ces réflexions. Les citations entre guillemets sont issues de leurs paroles.
Premier constat : les publics les plus exclus sont aussi les plus exposés au dérèglement climatique… et pourtant, les grands absents des actions. Par “exclus”, on entend ici les moins représentés dans nos institutions, en termes de classe sociale, genre, âge, handicap.
Or, les professionnel·les ont montré qu’accueillir ces publics peut être contre-productif si l’on ne remet pas en question nos biais tels que :
- supposer un manque d’intérêt ou de pouvoir d’agir ;
- proposer des actions pensées pour les plus gros émetteurs de CO₂, provoquant rejet et colère ;
- confondre sobriété subie et choisie ;
- valoriser uniquement certaines pratiques jugées « acceptables » selon des normes dominantes.
Ces exemples confirment ce que montrent les recherches [1] : il ne s’agit pas de proposer les mêmes contenus à d’autres publics, mais de transformer contenus et postures pour ne pas reproduire les exclusions.
Comment ?
Les professionnel·les impliqué·es ont identifié plusieurs leviers :
- Une posture d’écoute et de co-construction, sans a priori ;
- Des formats valorisant les savoirs d’expérience et questionnant les rapports de pouvoir implicites ;
- Des thématiques ancrées dans le vécu, les émotions et la capacité d’agir des publics.
Le sociologue Thomas Legon propose un changement de cadre éclairant : passons de « qui est responsable ? » à « comment vivre dignement dans un monde en transition ? ».
Croiser les expertises
Pourquoi ?
Décloisonner les approches sur l’inclusion et l’environnement, c’est aussi croiser les expertises – y compris celles des publics. Cependant, nous n’avons pu mobiliser ces derniers que ponctuellement dans le projet, mais nous avons invité plusieurs champs professionnels à réfléchir ensemble : recherche, médiation et champ social. Aucun champ ne suffit seul. Travailler ensemble oblige à se décentrer, à expliciter ses pratiques (partagées ou non) et à déconstruire ses impensés. Cela permet de mieux comprendre et reconnaître que « nos ignorances sont complémentaires ».
Créer ces espaces de rencontre est crucial pour répondre à des enjeux transversaux. Ils offrent « un cadre réflexif indispensable pour penser [nos] pratiques », selon une participante.
Légende : partage d’expériences des participant·es via une discussion tournante
Comment ?
La rencontre ne se décrète pas : elle se construit. Sinon, on risque la juxtaposition ou la hiérarchie entre secteurs professionnels, dont la mobilisation sur un temps long s’avère déjà difficile. Come Together a permis d’identifier plusieurs leviers pour de vrais croisements et éviter cette juxtaposition :
- Laisser place aux difficultés : les participant·es ont partagé leurs peurs et questions sur le sujet. Résultat : un sentiment de groupe renforcé qui les a motivé·es. « Découvrir différents projets, réflexions et difficultés, c’était inspirant et rassurant ».
- Travailler sur des situations concrètes : les participant·es ont réfléchi collectivement à des actions, intégrant les réalités de chacun·e, et des temps d’introspection ont aidé à relier les apprentissages à leurs pratiques.
- Valoriser les compétences existantes : à tour de rôle ou pour résoudre des questions complexes, chacun·e a pu apporter son expertise, générant un fort sentiment de légitimité partagée : « j’ai été utile pour les autres ». En offrant un cadre, « chacun a la possibilité d'apporter ses connaissances et son savoir-faire au groupe ».

Crises climatique et sociale relèvent d’un même défi
Construire des futurs justes et vivables exige de sortir des approches en silo et de questionner nos habitudes professionnelles. Come Together ne propose pas de solution miracle, mais une méthode coopérative pour préparer demain, ensemble.
[1] Publics exclus, outils de recherche pour des institutions plus inclusives , Clémence Perronet pour l’école de la médiation - 2022 https://www.estim-mediation.fr/ressource/synthese-publics-exclus-outils-de-la-recherche-pour-des-institutions-plus-inclusives-clemence-perronnet/
Catherine Oualian et Fannie Le Floch, Chargées de formations à l’Ecole de la médiation, Universcience