Des outils de médiation faisant appel au toucher, à l’ouïe et à l’odorat rendent la visite plus accessible dans les musées et les centres de culture scientifique. À Océanopolis, une visite sensorielle a pu être testée en partenariat avec l’association Valentin Haüy. Retour sur cette proposition de médiation adaptée et ses futures applications.
Comment inclure davantage les personnes en situation de handicap dans les centres de culture scientifique ? Nous travaillons sur cette problématique pour développer une offre de médiation plus inclusive à Océanopolis, centre de culture scientifique national dédié à l’océan, à Brest.
Des actions ont pu être développées avec l’association Valentin Haüy, accompagnant les personnes en situation de handicap visuel dans leur quotidien. Depuis plusieurs années, ses membres participent au test de dispositifs de médiation adaptés, développés avec des chercheur·ses et des médiateur·ices, en partenariat avec Océanopolis.
La visite sensorielle à Océanopolis
En juin 2024, douze personnes déficientes visuelles et leurs six accompagnateur·ices de l’association Valentin Haüy ont participé durant 2h30 à une visite immersive du Pavillon Bretagne, espace emblématique du site, afin de découvrir la diversité des écosystèmes marins et les espèces locales grâce à un kit multi-sensoriel.
Cette initiative s’inscrit dans une démarche d’inclusion visant à rendre accessible la culture scientifique à toutes et tous. Elle constitue une étape clé dans la réflexion menée avec les publics en situation de handicap visuel pour adapter les dispositifs de médiation à leurs besoins. Le kit, composé d’éléments tactiles, sonores et olfactifs, permet d’appréhender la visite en sollicitant les autres sens que celui de la vue.
Ainsi, les participant·es ont pu toucher du vivant comme des étoiles de mer, des oursins ou des algues ; manipuler de la peau et des œufs de requin ; ressentir la diversité de formes des micro-organismes marins réalisés en impression 3D. Un quiz sonore sur tablette a aussi permis de questionner le public sur les différents sons émis par les mammifères marins. Pour la partie olfactive, des produits contenant des algues ont pu être sentis par le groupe : bonbons, gâteaux et crèmes hydratantes.


Exemples des espèces vivantes manipulées et des outils tactiles utilisés durant la visite.
© Océanopolis Acts
Retours critiques de la visite
Un temps d’échange, deux semaines après la visite, a été organisé pour évaluer cette action auprès des membres de l’association. Les retours positifs valorisent un temps de visite laissant la place à l’échange, l’accompagnement personnalisé par des médiateur·ices et l’utilisation de dispositifs sensoriels pour une visite plus qualitative. Les impressions 3D et les espèces vivantes ont été particulièrement appréciées, rendant la visite plus ludique et compréhensible, notamment au regard de leur handicap. Un avis partagé par Pascaline, participante de la visite :
“Ce serait bien de pouvoir participer en même temps que les autres mais on se rend bien compte qu’il y a des moments où c’est mieux d’avoir quelque chose d’aménagé, surtout qu’on prend plus de temps.”
Par ailleurs, les participants ont pointé certains axes d’amélioration pour la visite. L’ajout de sons plus immersifs est souhaité en intégrant des bruits de vagues, des cris d’oiseaux marins ou des sons de bateaux de pêche. Il a été regretté de ne pas pouvoir toucher le pelage des phoques, l’espèce étant protégée, cela est impossible, mais une réflexion autour d’une reproduction de poils est en développement.
De manière plus globale, les recommandations portent surtout sur l’accessibilité pour toutes et tous d’Océanopolis : intérêt d’une maquette tactile à l’entrée, déplacement des places de parking handicapées à proximité de l’accueil, meilleure signalétique depuis l’arrêt de bus.
Cette prise en compte de l’inclusion des publics est actuellement en cours dans le cadre du projet de rénovation “Métamorphoses” à Océanopolis, mené en partenariat avec les différentes structures liées au handicap de la région.
Intégrer les personnes en situation de handicap au processus de réflexion des dispositifs de médiation permet de mieux les adapter à leurs besoins et de répondre aux enjeux sociétaux actuels.


Membres de l’association observant l’aquarium des méduses et le bassin des phoques.© Océanopolis Acts
Bonnes pratiques et perspectives
Cette visite sensorielle, accessible notamment aux personnes en situation de handicap visuel, signe un premier pas vers l’inclusion. Elle encourage la mise en place de bonnes pratiques pour pouvoir y tendre :
- Consulter et intégrer les publics pour une co-construction des actions de médiation ;
- Renforcer les partenariats existants et en développer de nouveaux avec les professionnels au contact direct des publics ;
- Former les équipes à l’accueil et à l’inclusion de tous les publics ;
- Partager les pratiques entre structures ;
- Évaluer régulièrement pour améliorer et ajuster les pratiques ;
- Valoriser l’impact social auprès des acteurs du territoire ;
- Communiquer autrement pour toucher plus largement les publics.
Ce kit multi-sensoriel développé dans le cadre d’une visite guidée dédiée aux personnes aveugles ou malvoyantes tend à s’adresser à une plus grande diversité de publics. Un travail est en cours de réalisation pour le rendre accessible à l’ensemble des publics. De cette manière, le dispositif s’inscrira véritablement dans une démarche inclusive, objectif affirmé d’Océanopolis de partager la science avec l’ensemble de la société. Cette démarche a lieu dans le cadre d’une réinvention d’Océanopolis afin de se rendre accessible à toutes et tous : inclusion numérique sur le site internet, développement d’un guide d’accessibilité et conférences interprétées en langue des signes française.
Fabio PERRUCHET, médiateur scientifique à Océanopolis & Ingrid BROLON, stagiaire en médiation et inclusion à Océanopolis