Interview de Sophie Calvarin, directrice du Musée Electropolis
Directrice du Musée Electropolis depuis novembre 2023, Sophie Calvarin a débuté sa carrière professionnelle en Asie, successivement au sein du service de coopération et d’action culturelle de l’Ambassade de France à Singapour, à la chambre de commerce et d’industrie française en Chine puis au sein de la filiale d’EDF en Chine, à Pékin. Elle intègre en 2014 la Direction de la communication d’EDF à Paris et, depuis 2017, avait pour mission de développer des projets artistiques et culturels dédiés à la valorisation du patrimoine industriel au sein du Pôle Patrimoine et Pédagogie d’EDF.
Présentez-nous les musées du groupe EDF :
Sophie Calvarin EDF soutient en mécénat deux établissements muséaux qui bénéficient de l’appellation « Musée de France », et qui sont des musées associatifs. Le Musée EDF Hydrélec (ouvert en 1988) situé à Vaujany en Isère et le Musée Electropolis (ouvert en 1987) basé à Mulhouse. Le premier est le fruit d’une collecte organisée dès les années 1970 d’éléments du patrimoine hydroélectrique principalement alpin et a été édifié dans le sillage de la construction de l’aménagement du barrage de Grand’Maison. Le Musée Electropolis, quant à lui, est né du sauvetage d’une pièce majeure du patrimoine industriel mulhousien, à savoir la grande machine Sulzer-BBC, un groupe électrogène à vapeur qui alimentait la filature DMC[1]. Il présente sur plus de 4 000 m2 le thème de l’électricité et de ses applications.
Quels sont les objectifs du Groupe dans la mise en place de ces structures muséales ?
S.C. L’héritage de quelques milliers d’entreprises électriques regroupées sous une même entité en 1946 a donné à EDF une responsabilité importante sur le patrimoine industriel français. Par ailleurs, EDF a eu très tôt une politique volontariste vis-à-vis de la valorisation de son patrimoine, faisant d’elle l’entreprise pionnière du tourisme industriel en France, et encore aujourd’hui l’entreprise la plus visitée du territoire. Cela s’est matérialisé par la mise en place des visites de sites dès la construction des grands chantiers hydroélectriques des années 1950, puis le développement des centrales nucléaires dans les années 1970. Ces actions portent un objectif fort de pédagogie et de transparence. Cette volonté s’est aussi matérialisée par le soutien d’EDF vis-à-vis de musées qui jouent un rôle essentiel dans la gestion de son patrimoine mobilier. Pour autant, le Musée EDF Hydrélec et le Musée Electropolis ne sont pas des musées d’entreprise, mais des musées de société qui ne présentent pas l’histoire du Groupe, et cela même si EDF en est un mécène financier majeur.
Quelles relations ont les équipes des musées avec la direction et les services en activité du groupe EDF pour la capitalisation du patrimoine ?
S.C. Les liens entre le Musée Electropolis et le Groupe sont fluides et participent tant à la conservation du patrimoine de l’entreprise, dans le cadre de la fermeture d’un site par exemple, qu’à la réalisation d’expositions ou de livres anniversaires. En 2019, le Musée Electropolis avait aussi pu faire appel aux dons de salarié·es EDF en organisant une grande collecte d’objets électriques contemporains afin d’enrichir sa collection.
Quels sont les axes de travail prioritaires et stratégiques formulés par votre institution concernant son patrimoine ?
S.C. L’un de nos axes prioritaires est de continuer à raconter l’histoire de l’électricité au regard des enjeux contemporains, de son développement et de ses usages. En 2018, a été créé au Musée Electropolis l’espace « un avenir électrique » dédié à l’innovation et à la transition énergétique et numérique. Beaucoup des propos énoncés en 2018 sont aujourd’hui quasiment dépassés. Il nous faut donc réinventer la façon d’adresser ces enjeux afin de rester en phase avec notre temps. Par ailleurs, l’accès à l’éducation et le développement du goût des enfants pour les sciences, et notamment des filles, font partie des axes qui doivent continuer à orienter notre action. D’autant que 22 % du public du Musée Electropolis sont des scolaires.
Qu’en est-il des identités territoriales forgées autour de ces aventures industrielles et humaines ?
S.C. Le Musée EDF Hydrélec présente une collection qui incarne l’histoire industrielle de la région de la vallée de la Romanche et de l’hydroélectricité à travers du matériel d’usine associé à l’activité de production. Certains éléments illustrent autant l’histoire du groupe EDF que celle des entreprises privées qui l’ont précédée. Quant au Musée Electropolis, au-delà de la valorisation de la grande machine Sulzer BBC, fleuron de l’histoire industrielle locale, il participe à la conservation de la mémoire de l’industrie nucléaire de la région en travaillant sur la valorisation des éléments du patrimoine de la centrale nucléaire de Fessenheim.
Comment se passe la mise en place et la validation des contenus présentés dans les expositions et autres animations des musées vis-à-vis du Groupe ?
S.C. Le Musée Electropolis a toute autonomie dans sa programmation et la réalisation de ses animations. La présence d’EDF est en revanche plus prégnante au Musée EDF Hydrélec. Les nouveaux propos introductifs mis en place en 2023 sur le sujet du mix énergétique et des énergies renouvelables s’appuient notamment sur la base d’éléments portés par le Groupe.
Pouvez-vous nous présenter les projets réalisés conjointement entre le Groupe et les musées soutenus par EDF ?
S.C. Il y a eu dans le passé des expositions montées conjointement avec l’aide du Musée Electropolis, de la Fondation EDF ou encore du Comité d’histoire de l’électricité et de l’énergie composé d’historien·nes universitaires : « Métamorphoses de l’électricité » en 2004 ou encore « So Watt ! » en 2008 en partenariat avec les experts R&D d’EDF. Plus récemment, grâce à un dépôt d’œuvres issues de la Fondation EDF, le Musée Electropolis a pu inaugurer en octobre 2023 un espace permanent dédié à l’art et à l’électricité. Dans la continuité de cette thématique, nous prévoyons en juillet 2024 de monter une exposition temporaire sur 10 jours présentant des œuvres originales en réalité virtuelle réalisées par des artistes issu·es de la création immersive. L’exposition s’appuie à la fois sur des commandes artistiques d’EDF et sur une œuvre sponsorisée par le Groupe.
Sophie Calvarin, Directrice (Musée Electropolis), propos recueillis par Valérie Joyaux, Responsable du Département recherche et documentation (Musée de l’Air et de l’Espace)
[1] Dollfus-Mieg et Compagnie, entreprise textile française créée à Mulhouse en 1746 par Jean-Henri Dollfus.