Entretien avec Philippe Lassoeur, directeur de Sciences Réunion. Philippe Lassoeur, directeur de Science Réunion - CCSTI de la Réunion -, partage dans cet entretien ses perspectives sur les défis et les opportunités liés à la promotion des sciences et de l’industrie dans cette région insulaire de l’océan Indien.
Quelle est la relation entre Sciences Réunion et le monde industriel ?
Philippe Lassoeur Sciences Réunion a créé depuis longtemps des liens avec l’industrie en développant différents types de partenariats : visites de sites, sponsoring... Certains partenaires sont fidèles, quelques animations dédiées se sont développées. Pour autant, les activités mises en œuvre répondent en général à des besoins exprimés indépendamment par chaque partenaire.
Nous cherchons actuellement à donner une approche plus globale et ciblée. Notre but est de nous positionner comme acteur de la diffusion scientifique sur la transition énergétique à La Réunion. Nous nous sommes donc rapprochés des acteur·rices principaux·ales de production d'énergie du territoire, tant industriel·les qu'institutionnel·les. Cette volonté s’inscrit dans le contexte du territoire. La Réunion est en 2024 dans une phase de transition énergétique importante: l’énergie fossile ne sera bientôt plus à l’origine de la production d’électricité.
La population locale est-elle réticente à ce changement ?
P.L. La population n’est pas forcément réticente, on observe surtout une méconnaissance du sujet.
La Réunion est dépendante d’un fort pourcentage d’importation de biomasses pour alimenter les chaudières (pellets, huile végétale). Cette importation est certes polluante, mais combien de personnes savent que, si l’on considère toute la chaîne de production, Albioma[1] a réussi à baisser de 84 % son émission de gaz à effet de serre ? Par ailleurs, il est utile de valoriser le travail fait par les industries sur l’île : citons par exemple depuis décembre 2023 le premier site industriel EDF à fonctionner avec de la biomasse liquide.
Sciences Réunion est-elle une structure engagée ?
P.L. Proposer du contenu sur la transition énergétique est un engagement. Mais la structure est neutre car nous ne prenons pas parti pour une position spécifique. Notre rôle est de donner des clefs de compréhension au public avec des informations scientifiques fiables. À chacun·e ensuite de se positionner. Il est vrai que nous développons des partenariats avec des entreprises concurrentielles se mobilisant sur un objectif commun qui est le cœur de notre action: la transition énergétique. Mais, pour garantir notre neutralité, nos travaux sont validés par un conseil scientifique avant d’être mis à la disposition du public.
Des actions phares avec l’industrie sont-elles menées sur le territoire ?
P.L. Elles sont nombreuses. Nous réalisons, entre autres, une quarantaine de visites industrielles par an à la station d’épuration du Grand Prado. Mis en service en 2013, ce site de Runéo valorise les eaux usées en eau, en énergie et en matière dans une démarche environnementale et d’économie circulaire. Lors de sa conception, la volonté d’y organiser des visites était déjà présente et a pu être intégrée dans les réflexions architecturales. Durant la pandémie mondiale, nous n’avons pas pu organiser de visites. Pour respecter les engagements pris auprès de l’entreprise, Sciences Réunion a réalisé une maquette des lieux qui est maintenant utilisée pour des actions itinérantes.
Nous avions un autre type de partenariat fort avec Air France. À la différence de la métropole, les moyens de locomotion sont extrêmement restreints : l’avion est quasiment incontournable, ce qui représente des frais conséquents. Air France nous offre des billets pour nos invité·es d’honneur lors de festivals. En contrepartie, nous leur donnons une visibilité sur tous nos événements. Air France nous permet également d’assister aux temps forts du réseau Amcsti. Ce partenariat est en train d’évoluer. Ainsi, Air France nous a récemment sollicité pour diffuser des informations sur… la transition énergétique en cours de leurs moteurs d’avion !
Quelles sont les perspectives en lien avec l’industrie pour Sciences Réunion ?
Sciences Réunion aura j’espère d’ici un an un catalogue d’une quinzaine de sites de production d’énergie à présenter sur le département et un stand actualisé présentant l’ensemble des technologies répertoriées sur le territoire. Nous serons identifiés comme un acteur privilégié de médiation sur la transition énergétique, par les entreprises comme par les collectivités, pour assurer un lien de proximité et de confiance avec la population locale.
[1] Producteur d'énergies renouvelables indépendant engagé dans la transition énergétique