La journaliste, Emmanuelle Picaud, membre de l’AJSPI a participé à une demi-journée de résidence en décembre dernier chez Territoire de sciences, à Grenoble.
Le 19 décembre 2023, Territoire de sciences m’accueillait pour une demi-journée de résidence de journaliste. Ce programme a été lancé par l’Amcsti, en partenariat avec l’association des journalistes scientifiques français (l’AJSPI). Cette initiative est partie d’un constat : journalistes et professionnel·les de la médiation scientifique traitent tous les deux de l’actualité des sciences, et pourtant ils et elles ne se rencontrent pas ou peu. L’objectif de ce programme était de créer du lien entre ces deux mondes, en leur permettant de dialoguer, de mieux comprendre le quotidien des un·es et des autres et de permettre aux journalistes d’assister à des actions de médiation et de formation à la démarche scientifique.
Au cours de mon immersion à Territoire de sciences, j’ai pu échanger avec trois chercheur·ses (Xavier Delfosse astrophysicien à l’IPAG/OSUG, Hugues François chercheur Inrae, et Guylaine Guéraud-Pinet chercheuse en sciences de l’information et de la communication à l’IUT-1 de Grenoble) et une représentante du milieu de la culture scientifique (Marion Sabourdy, chargée des nouveaux médias à Territoire de sciences), qui m’ont chacun·e fait part de leurs retours d’expériences, mais aussi de leur relation avec les journalistes et plus largement le journalisme. J’ai également eu l’occasion d’observer une classe de lycée en visite à Cosmocité en fin de journée.
Cette résidence aura été l’occasion d’évoquer un grand nombre d’expériences et de questionnements autour de l’actualité et des médias. Sur la question de la temporalité dans nos métiers, d’abord. Il est vrai que le temps de la science n’est pas forcément celui des journalistes : « deux ans de travail et à la fin, tout se joue dans un mouchoir de poche » résume un intervenant chercheur en évoquant les résultats de ses travaux dans les journaux. Les espaces de médiation scientifique sont quant à eux dans une situation différente: l’actualité scientifique est aussi traitée, mais sous des temps plus longs : expositions, événements ponctuels ou encore magazines institutionnels.
L’enjeu est de parvenir à articuler ces différentes temporalités pour mieux informer les publics. En particulier, cette résidence a été l’occasion d’échanger sur les enjeux de la formation des journalistes aux sciences. Souvent naïve par rapport à celles-ci, notre profession manque encore de recul sur les questions de temporalité – le Covid nous l’a tristement rappelé. Inversement, les scientifiques n’ont pas tous·tes le réflexe de se former au media training alors que ce dernier peut leur permettre de présenter leurs recherches à leur juste valeur. Enfin, les médiateur·rices scientifiques manquent de sensibilisation aux résultats récents de la science, alors que paradoxalement ils et elles ont une appétence pour ce domaine. À ce sujet, Territoire de sciences proposera cette année une École d’été de la médiation pour contribuer à pallier ce problème. Cet échange a aussi été l’occasion de s’interroger sur la figure du scientifique dans les médias, et plus particulièrement sur la crise de l’expertise. D’un côté, des médias à la recherche « du bon client » sans se soucier du contenu scientifique, de l’autre une recherche académique qui note de plus en plus chercheur·ses sur des livrables, quitte à chercher à tout prix le scoop. Comment déconstruire des cultures qui se sont bâties sur plusieurs années ? Il y a un véritable équilibre à trouver dans la justesse de la communication en sciences auprès des publics. Cette résidence m’a rappelée que nous sommes tous·tes partie prenante dans ce travail de longue haleine.
Emmanuelle PICAUD, Journaliste et membre de l’AJSPI