Biodiver-cités – une action pour ma commune [Épisode 2]

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Biodiver-cités – une action pour ma commune
…ou essais pour sensibiliser les élèves à la biodiversité qui les entoure.

Le suivi, en 6 épisodes, de l’expérience pédagogique menée par le Muséum de Toulouse et la mission EDD du rectorat de Toulouse se poursuit. Après la définition des attentes (proposer une action pour soutenir la biodiversité dans l’environnement proche de la classe), l’analyse des projets communiqués a demandé de réorienter l’aide prévue initialement pour les enseignants.

Lire l’épisode 1 : Genèse

Lire l’épisode 3 : Montage des projets

Épisode 2 : sélection des projets et formation des enseignants

Suite au lancement de l’appel à projets, via un formulaire en ligne, nous avons reçu 41 candidatures. Les projets parfois succinctement explicités dans le formulaire étaient souvent précisés ensuite, par mail, par les enseignants.

Nous avons pu noter que certains thèmes étaient plus représentés que d’autres :

  • 14 projets concernaient la « revégétalisation » de zones de la commune, dont 5 sur les berges d’un cours d’eau ;
  • 14 autres tendaient à faciliter la vie pour des animaux avec implantations de structures : 5 de ruches, 5 d’hôtels à insectes et 4 de nichoirs pour les oiseaux.

Afin de sélectionner ceux qui répondaient le mieux à l’appel, nous avons constitué un jury : les enseignants missionnés et une médiatrice du Muséum pour les aspects pédagogiques et deux naturalistes (botaniste et écologue) du Muséum pour l’adéquation des actions envisagées aux enjeux de la biodiversité.

Alors que certains projets étaient tout à fait conformes sur le plan pédagogique, ils étaient retoqués par les scientifiques comme contre-productifs pour la biodiversité…

Par exemple, les projets de mise en place de ruches. En effet, les abeilles domestiques, toutes sous-espèces d’Apis mellifera, ont été sélectionnées en vue de produire beaucoup de miel. Or, leurs colonies dans les campagnes s’effondrent, notamment suite à l’emploi de néonicotinoïdes (Van der Sluijs et al., 2013). Nombre de particuliers et même d’entreprises installent donc des ruches en ville pensant faire un geste pour la biodiversité. Et les écoles leur emboîtent le pas. Pourtant, cet apport massif d’abeilles domestiques nuit doublement.

Tout d’abord, à la diversité des abeilles. Sur le sol français on compte plus de 800 espèces d’abeilles, dont une seule est domestique, les autres étant dites sauvages. La première, implantée en grand nombre et alimentée en hiver par les apiculteurs, occupe l’espace des autres, moins représentées. La concurrence joue donc en défaveur des abeilles sauvages (Lemoine, 2012).

Ensuite, à la diversité des végétaux. De nombreux travaux (Garibaldi et al., 2013) ont montré que l’abeille domestique est beaucoup moins efficace pour polliniser que ne le sont les abeilles sauvages. Ainsi, quand, suite à la sélection par les humains, Apis mellifera butine successivement de nombreuses espèces de fleurs (et se couvre de pollens de nombreuses essences), la plupart des espèces sauvages n’en visite que 2 à 3. Ce dernier comportement est plus favorable à la reproduction des espèces végétales ciblées car l’abeille a toutes les chances d’apporter le « bon » pollen à chaque fleur (Bourgeois, 2006) tandis qu’Apis mellifera n’est somme toute efficace, en terme de pollinisation, que sur des champs de monocultures.

Ecole J. Chaubet (Toulouse). Depuis trois ans, les arbres sont en souffrance en raison des fortes chaleurs estivales et du mauvais écoulement des eaux de pluie aux pieds des arbres. Plusieurs arbres sont déjà morts. Les élèves vont communiquer avec la mairie pour sauver ceux qui peuvent l’être et revégétaliser la cour.
Ecole J. Chaubet (Toulouse). Depuis trois ans, les arbres sont en souffrance en raison des fortes chaleurs estivales et du mauvais écoulement des eaux de pluie aux pieds des arbres. Plusieurs arbres sont déjà morts. Les élèves vont communiquer avec la mairie pour sauver ceux qui peuvent l’être et revégétaliser la cour.

Autre exemple : la plantation de végétaux d’essences locales sur les berges, pour les stabiliser, n’aide pas davantage la biodiversité. En effet, parmi les graines, « autochtones » ou pas, charriées par les cours d’eau, celles qui s’implanteront « seules » le feront plus efficacement que nous ne saurions le faire.

Ainsi, dans bien des cas, l’intervention humaine, par manque de connaissance des capacités des populations à s’adapter aux changements de l’environnement, peut contrecarrer le potentiel de la nature à évoluer dans le bon sens.

Nous tombions donc sur des exemples d’actions pleines de bonne volonté, mais qui, a priori, ne favoriseraient pas la biodiversité. Se posait la question de savoir comment des personnes qui ne baignent pas dans le milieu naturaliste pourraient avoir connaissance des dernières avancées scientifiques. Et qui plus est, dans tous les domaines concernés par l’écologie.

Il nous semblait que seule la lecture critique d’articles récents pourrait contrer ces idées reçues. Mais comment tenir les enseignants au courant des données récentes en matière de biodiversité ? Et ce régulièrement ?

Dans ce sens, nous avons envisagé de mettre en ligne des informations issues d’une veille scientifique pour orienter les actions en lien avec les dernières connaissances dans le domaine. Ainsi, si la sélection des projets présente le biais de ne conserver que ceux d’enseignants déjà « experts », ces informations pourraient aider les autres enseignants à mieux définir leurs actions.

Enfin, outre les dimensions scientifiques et pédagogiques, les critères pris en compte pour cette sélection portaient sur la diversité des thèmes traités, celle des niveaux de classes (du CP à la 3ème) et un équilibre entre classes urbaines et rurales.

Au final, 13 projets ont été retenus pour le primaire et 8 pour le secondaire.

La formation proposée aux enseignants des classes sélectionnées s’est donc organisée autour de deux axes :

  • Des apports notionnels sur la biodiversité, appliqués aux environnements des classes et incluant des adaptations lorsque les actions ne respectaient pas les données récentes.
  • Des aides concrètes : des contacts de structures locales (ex : espaces verts, associations naturalistes) susceptibles de les aider spécifiquement sur leurs territoires, la liste des variétés végétales adaptées à diverses fonctions (ex : habitat et nourriture pour animaux, stabilisation des sols), des propositions de réorganisation de séquences pédagogiques, etc.
Ecole de Gaillac-Toulza. Suite, en 2018, à une forte inondation du village par le Calers, ruisseau qui le traverse, la ripisylve a été fortement perturbée. La végétation a maintenant repoussé, et pour aider les insectes à recoloniser le milieu, les élèves vont créer et placer des abris sur les berges.
Ecole de Gaillac-Toulza. Suite, en 2018, à une forte inondation du village par le Calers, ruisseau qui le traverse, la ripisylve a été fortement perturbée. La végétation a maintenant repoussé, et pour aider les insectes à recoloniser le milieu, les élèves vont créer et placer des abris sur les berges.

Lire l’épisode 3 : Montage des projets

Bibliographie

VAN DER SLUIJS J.P., 2013. Neonicotinoids, bee disorders and the sustainability of pollinator services. Current Opinion in Environnemental Sustainability, 5[3-4 2013] : 293-305.

LEMOINE G., 2012. Faut-il favoriser l’Abeille domestique (Apis mellifera) en ville et dans les écosystèmes naturels ? Le Héron, 43[4-2010] : 248-256.

GARIBALDI L. A., 2013. Wild pollinisators enhance fruit set of crops regardless of honey bees abundance. Science, 339[6127] : 1608-1611.

BOURGEOIS G., 2006. Séminaire de phytologie à la Faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation. Université Laval.